Edouard Philippe a publié une tribune intitulée « Je suis en colère ». Et là, on se demande colère contre qui? Contre Macron ? Contre la gauche ? Contre les Français ? Ou… contre lui-même ?
Parce qu’à bien lire cette diatribe d’un ancien Premier Ministre qui redécouvre les vertus de l’indignation à deux ans d’une présidentielle, il y a de quoi se frotter les yeux. Colère sincère ou posture électorale ? Retour critique sur un quinquennat qui mérite d’être rappelé à celui qui semble être devenu amnésique.
Il est en colère contre les déficits… qu’il a creusés
Monsieur Philippe se lamente du niveau de la dette publique. Très bien. Nous aussi. Mais rappelons que c’est sous son « autorité tranquille » que les déficits ont explosé bien avant la crise du Covid. Entre 2017 et 2019, la fameuse « rigueur » promise n’a jamais été au rendez-vous. Ni baisse massive de la dépense publique, ni réforme structurelle. Un Premier ministre plus prompt à se montrer dans So Foot qu’à tacler les niches fiscales.
Alors aujourd’hui, s’offusquer de l’état des finances publiques, c’est la posture du pompier pyromane.
Il est en colère contre l’insécurité… qu’il a regardée monter
« Les Français ont peur », écrit-il. Oui. Et ils avaient déjà peur quand vous étiez à Matignon, Monsieur Philippe. Le laxisme judiciaire, les agressions quotidiennes, les attaques contre les forces de l’ordre… vous en avez été un spectateur silencieux. Où était votre indignation quand des policiers se faisaient caillasser en banlieue pendant que vous vantiez la « République en marche » ?
En réalité, la seule chose qui a marché sous votre gouvernement, c’est l’ensauvagement du quotidien.
Il est en colère contre l’école… qu’il a abandonnée
Autre indignation : le niveau scolaire des enfants. Édouard Philippe découvre en 2025 que nos élèves ne savent plus lire ni compter. Mais que faisait donc le chef du gouvernement quand Jean-Michel Blanquer multipliait les gadgets pédagogiques et transformait les maths en option ? Où était-il quand le mammouth de l’Éducation nationale poursuivait sa dérive wokiste et égalitariste ? Apparemment, il regardait ailleurs.
Un peu d’humilité, beaucoup de com’
Édouard Philippe est un homme intelligent. Trop, sans doute, pour croire lui-même à la sincérité de sa propre colère. En réalité, cette tribune a tout d’un exercice de repositionnement : on prend ses distances avec Macron (mais pas trop), on feint l’indignation (mais sans rien proposer), on parle au peuple (mais depuis les beaux quartiers du Havre).
Bref, c’est du Philippe pur jus : du style, de la barbe bien taillée, une posture de stoïcien en blazer marine… et surtout, aucun mea culpa.
La colère des Français, elle, est réelle
Car pendant qu’Édouard Philippe se donne des frissons dans Le Monde, les Français, eux, vivent une colère bien réelle : contre le déclassement, l’insécurité, l’inefficacité de l’État, l’absence de vision. Tout ce qu’il n’a pas su ou voulu corriger pendant trois ans à Matignon.
Alors Édouard Philippe est en colère ? Nous aussi. Mais notre colère vise ceux qui ont gouverné et ont échoué. Pas ceux qui font semblant d’être des outsiders quand ils ont été au cœur du pouvoir.
Tribune ou tract de campagne ? Dans tous les cas, Édouard Philippe commence sa course pour 2027 avec un mot d’ordre : ne surtout pas parler de son bilan. Heureusement, nous, on s’en souvient très bien : Retraite à 67 ans, M. 80km/h, gestion déplorable du covid, massacre des gilets jaunes.





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