« Qui le financerait ? » La question posée par Éric Lombard, patron de la Caisse des dépôts, semble anodine. Elle est en réalité un aveu. Un aveu de l’impuissance publique à réformer autrement qu’en transférant toujours plus la responsabilité – et le risque – sur les épaules des individus.
En proposant d’introduire 15 % de capitalisation obligatoire dans notre système de retraites, Édouard Philippe fait ce que les technocrates font toujours : importer des solutions anglo-saxonnes dans un cadre français, sans en assumer les conséquences. Car la capitalisation n’est pas neutre: elle favorise ceux qui ont déjà. C’est une réforme inégalitaire, dans un pays qui peine déjà à maintenir une cohésion sociale élémentaire.
Lombard lui-même le reconnaît: les entreprises n’ont plus les marges pour financer une telle réforme. La dette explose, la croissance est molle, la démographie décline. Et l’on voudrait encore faire porter au salarié la charge d’un système que l’État n’a plus les moyens de garantir.
Mais le cœur du sujet est ailleurs : la capitalisation obligatoire, c’est le renoncement à l’idée même de solidarité nationale. C’est une sortie de l’État-providence par la petite porte. Le politique n’assume plus, alors il délègue au marché.
Le modèle français est imparfait, mais il a un mérite: il repose sur l’effort commun. Ce que propose Edouard Philippe, c’est un système où chacun serait prié d’anticiper, d’investir, de gérer – à ses risques et périls. L’assurance devient pari, la prévoyance devient spéculation.
Ce n’est pas de modernité dont nous avons besoin, mais de volonté. D’un projet qui redonne sens à la solidarité, à la famille, à la transmission. Bref, à la France.





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