Fraude aux partiels: tricher n’est pas jouer!

Un formidable stylo anti-sèche

Une enquête récente du Figaro Etudiant nous le confirme: la triche à la fac a toujours existée, et ce, aussi bien chez les cancres que chez les meilleurs élèves. Mais pourquoi prendre tant de risques? Question d’adrénaline, pression non contrôlée? Même les meilleurs élèves s’y mettent, histoire de ne pas être désavantagés. Ce cercle vicieux s’amplifie d’année en année que ce soit dans un amphithéâtre traditionnel ou plus récemment lors de partiels « confinés ». La faute au coronavirus. Décidément, cette saleté aura été l’amplificateur de tous nos maux!


La triche, juste une question d’organisation

Avant de se connecter et de répondre aux QCM à la maison, un peu d’organisation de l’espace et du temps sont nécessaires en attendant l’épreuve, que ce soit avec l’aide de Messenger, de WhatsApp ou simplement celle de son colocataire ou de son copain. Ainsi de tels témoignages foisonnent sur tous les forums:

«Entre mes cours, Google et les camarades de promo qui publient la moitié des réponses sur Facebook, je suis assez sereine pour l’obtention de mon semestre»

Lors des partiels du second semestre, de plus en plus d’élèves ont cédé à la tentation de la triche. En effet, l’un d’entre eux dira:  «J’ai triché à chaque partiel bien salement et je suis fière de mes capacités de tricherie», l’autre répondra: «Update de mon partiel: j’ai jamais autant triché de ma vie»«J’ai tout préparé pour mon partiel d’esp, je suis prêt pour la maxi triche».

D’autres encore établissent des stratégies plus recherchées comme l’utilisation de plateforme de jeux vidéos « Discord »: connectés à dix, douze, on « maximise » les bonnes réponses ou même plus pervers:

«On demande à quelqu’un qui abandonne la filière de passer le QCM avec son compte, il copie colle les questions dans un document Word qu’il nous envoie. Cela nous permet de chercher les réponses sur internet, et enfin, de passer officiellement le test avec notre compte personnel»


N’est-ce pas le moment opportun de revoir la méthode d’évaluation des élèves?

Cette question de fond, c’est peut-être aujourd’hui le moment idéal pour se la poser car, même en amphi, tricher aux QCM reste relativement aisé, alors au domicile de l’étudiant, n’en parlons pas! Est-il vrai, comme l’affirme Sandrine Rui, vice-présidente formation de l’université de Bordeaux:

« Les établissements comptent sur le bon sens des étudiants » (…) Si certains veulent tricher, on ne peut pas y parer (…) au fond, nous avons comme un contrat moral avec eux: ils doivent se montrer responsables car ce n’est pas dans leur intérêt de ne pas jouer le jeu».

Certes, il est vrai que les étudiants doivent cocher une case pour attester qu’ils s’engagent sur l’honneur à «composer seul» et à ne pas tricher. Bien sûr, des logiciels de télésurveillance peuvent être mis en place comme cela a été le cas dans certaines écoles de commerce, avec des photos prises de manières aléatoires pour voir si l’environnement change brutalement ou non, et hélas pour des raisons budgétaires, un tel système est très onéreux à installer en continu sur la totalité de l’épreuve. Tel autre système analysera le son émis dans la pièce où l’étudiant réalise son partiel. Mais, comment savoir si le petit frère que l’on entend masquera suffisamment le bruit d’une petite chuchoterie?

L’étape supérieure est passée avec l »eye ball tracking » aussi appelée oculométrie en français. Une intelligence artificielle détecte si vous regardez souvent autre chose que votre écran d’ordinateur, comme le plafond par exemple, et cela déclenchera une enquête (Vice.com, 4 mai 2020). Mais cette pratique est en contradiction avec la gestion des données personnelles des étudiants, comme l’a rappelé le ministère de l’enseignement supérieur en mars 202. En effet, si le ministère préconisait une télésurveillance, il rappelait aussi l’importance de la protection des données personnelles:

« Le travail de mise en place d’une télésurveillance à domicile engendre un traitement de données à caractère personnel et doit donc être établi conjointement avec le délégué à la protection des données personnelle de l’établissement en respect des contraintes de RGPD. (PDF)

On le voit à la lumière de ces exemples saisissants, les tricheurs ont un train d’avance sur leurs surveillants. Dans nos amphis, on est passé des anti-sèches sur la paume de la main à des pratiques virtuelles de plus en plus sophistiquées.

Une fois le diplôme obtenu, on peut douter quelque peu de sa valeur. Le contrôle continu, comme pour les élèves devant passer le baccalauréat est une des composantes de la réponse. De la même manière, si l’on donnait aux élèves des devoirs « maison », demandant aux étudiants plus de réflexion avec un travail personnel, la triche deviendrait dès lors plus complexe. Et si demain, il faut réellement vivre avec le coronavirus, il est grand temps de réfléchir sérieusement sur le système de notation de nos élèves, et peut-être sortir du tout-numérique.

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