Darmanin, cumule-moi si tu peux!

Ainsi, donc, c’est fait. Gérald Darmanin a été élu maire de Tourcoing ce samedi matin à 9H00 avec tout le tralala de circonstance. En flagrante contradiction avec la doctrine que l’exécutif a fait d’imposer aux siens. Car « Gérald » comme le nomme ses amis, a instauré l’exception à la source.


En Septembre 2019, Edouard Philippe avait pourtant rappelé avec son aplomb caractéristique que la règle qui voulait qu’on devait choisir entre un poste de gouvernement et la ville où on a été élu maire (règle qui ne figure pas loi sur le non-cumul des mandats de 2014).

« À partir de janvier 2020, chaque ministre pourra être candidat », mais « quand on est ministre on ne peut pas cumuler avec la tête d’un exécutif local. Donc il (leur) appartiendra de dire s’ils veulent rester membres de gouvernement » (Edouard Philippe, 04/09/2019)


Paroles, paroles, paroles…

La spécialiste de la lutte contre les fake news, la « brilliantissime » Sibeth N’Diaye, avait été interpellée après la déclaration du candidat Darmanin: «Je suis tête de liste, c’est pour être maire» (La Voix du Nord, 27/01/2020). Elle avait tenu à remettre les points sur les « i » face à Véronique Louwagie, des Républicains: le non-cumul est la règle du gouvernement et « chacun » doit se l’appliquer. On tremble devant tant de force de conviction!

Douceur supplémentaire, le premier ministre Edouard Philippe n’avait pas fermé – en off – la porte au cumul exécutif-exécutif local mais seulement pour les petites communes, ce qui lui faisait un point d’accord avec Gérard Larcher. Or, la ville de Tourcoing compte plus de 96.000 habitants!


En guerre mais pas trop…

Macron marche donc bien dans les pas de son prédécesseur et mentor, François Hollande. Déjà, entre 2015 à 2017, le Président au scooter avait permis à Jean-Yves Le Drian de cumuler son poste de ministre de la Défense et celui de président de la région Bretagne.


Celui qui se disait encore au début du mois de Mai « en guerre » dans la lutte contre la destruction de l’emploi en France, à grands coup d’appel aux dons, et la dégradation inédite des comptes publics qui avant la crise étaient déjà dégradés, contrairement à ce qu’il avance:

« C’est parce que nos finances publiques étaient saines, c’est parce que nos prêteurs nous prêtaient à 0 %, c’est parce que nous avons fait des efforts économiques, qu’en temps de guerre nous pouvons dépenser, et si j’ose dire dépenser quasiment sans compter. » (Gérarld Darmanin, BFMTV, 18 mars 2020)

En « guerre », donc, mais avec manifestement, encore du temps à consacrer à sa base arrière. Selon Le Point, la décision de la maintenir au gouvernement s’est jouée dans la semaine du 11 mai 2020.

Le sénateur LR de Seine-Saint-Denis Philippe Dallier relève toute l’incongruité de la situation dans un tweet:

Pour rappel, maire de la ville de 2014 avec l’appui de l’UMP et de l’UDI à la faveur d’une triangulaire en 2014, puis démissionnaire en septembre 2017, le candidat désormais « En Marche » a été élu au premier tour avec un taux de participation de 25,38% et 9 592 voix sur 63 728 inscrits. Un cumul de voix qui est loin d’inciter à la modestie au pays de l’opportunisme érigé comme règle.

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