Michel Onfray règle ses comptes avec Le Monde et Libération

Michel Onfray lance sa revue trimestrielle Front Populaire (il faut lire les deux mots séparément, précise-t-il) en juin, revue basée sur un financement participatif qui se veut souverainiste, avec des auteurs d’horizons politiques et idéologiques aussi divers que Jean-Pierre Chevènement, Philippe DeVillers, le Professeur Didier Raoult mais aussi Barbara Lefebvre et Régis de Castelnau.

L’objectif affiché par Michel Onfray avec ce mook (contraction de magazine et de book), est de fédérer « ceux qui ne se reconnaissent pas dans le jeu politique bipolarisé, donc manichéen.« , en les faisant sortir de la pensée dominante. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette dernière n’a pas tardé à réagir à ce nouveau concurrent.

« La pensée dominante ne respecte pas ce qui n’est pas elle et traite toute opposition sur le mode du mépris, de la caricature ou de l’invective. La reductio ad Hitlerum fait la loi. On insulte, on caricature, on déforme, on méprise, on censure, on falsifie, on présente comme intox des infos et comme infos des intox… Nous souhaitons faire entendre une voix alternative » (Michel Onfray)


La charge du Monde et de Libération

Le journal Le Monde l’accuse d’être passé de la gauche à l’extrême droite, tout le long de son article du 23 mai 2020 intitulé: « Michel Onfray séduit les milieux d’extrême droite« . Avec comme sous-titre: « Parmi ses premiers soutiens, l’on compte de nombreuses figures de la droite de la droite. » Les auteurs en citent péniblement… 7, sur 17.500 contributeurs financiers.
A noter à ce stade que Lucie Soullier et Abel Mestre, les deux pourfendeurs de l’intellectuel le plus écouté de France, confondent intentionnellement soutiens, contributeurs (financiers s’entend) et auteurs, tous étiquetés de l’infamante étiquette de « droite de la droite ».
Le journal du soir ironise aussi sur le choix des personnes au sein de cette revue: «Débattre du souverainisme en 2020 avec Jean-Pierre Chevènement et Philippe de Villiers: L’affiche poussiéreuse pourrait presque faire sourire.» Mais on a compris que dès qu’il s’agit d’Onfray, les ricaneurs subventionnés (à la France Inter) ne font plus le poids. Le débarquement sur le quai de la « droite de la droite » est immédiat et c’est une libération, sous la plume de Laurent Joffrin, qui sonne le glas du terminus d’Onfray.


La contre-attaque de Michel Onfray

Michel Onfray répond de manière tonitruante dans Valeurs Actuelles et attire l’attention sur le fait que nazisme, communisme et pédophilie sont des mots parfaitement synonymes des journal Le Monde et Libération par le passé et argumente ses dires de manière très détaillée:

1 – Le Monde : un journal d’extrême droite
Le monde a été crée en 1944 par Hubert Beuve-Méry, qui a participé au premier mouvement fasciste en France, aux côtés de Georges Valois. Directeur du journal, il mène une campagne de presse implacable contre le Général de Gaulle, qu’il pourfend depuis 1965, jusqu’à obtenir son départ lors du référendum de 1969.
Certains choix éditoriaux du Monde posent question, comme leur silence radio sur le Président de la commission européenne entre 1958 et 1967, Walter Hallstein, «instructeur des soldats nazis».


2 – Le Monde et Libération : prônons la pédophilie
Une pétition «pour soutenir trois pédophiles ayant abusé de trois victimes dont la plus jeune avait treize ans» a été relayée en 1977 par les deux journaux Le Monde et Libération.
Une autre pétition retient l’attention, elle est rédigée par Gabriel Matzneff, intitulée «dépénaliser le crime pédophilique», avec comme signataires les intellectuels de gauche «Aragon, le couple Sartre-Beauvoir, Barthes, Glucksmann, Deleuze & Guattari, Châtelet, Sollers, Henric, et mais aussi Jack Lang, Bernard Kouchner, etc.». Vanessa Springora, dans son livre « Consentement« , en janvier 2020, nous rappelle cette relation de pédophilie qu’elle entretenait avec Gabriel Matzneff lorsqu’elle avait quatorze ans.


3 – Le Monde soutient le communisme Mao Zedong
Concernant la Chine communiste de Mao Zedong, «Sollers ou Barthes ont pu vanter les mérites de ce régime en pleine Révolution culturelle».
Le 17 janvier 1979, le philosophe Alain Badiou publie l’article « Kampuchéa vaincra » en hommage aux khmers rouges et en soutien à Pol Pot, tout comme Jean Lacouture, le « biographe d’admiration », qui a apporté son soutien au tristement célèbre « Cambodge démocratique » comme aux vietkongs. Alain Badiou écrit notamment, à rebours de l’ensemble de l’opinion internationale:

L’invasion du Cambodge par cent vingt mille Vietnamiens avec chars et aviation de bombardement ; l’installation à Phnom-Penh de  » dirigeants  » tirés des bagages de l’envahisseur : prendre position sur ces faits engage, à notre avis, des questions essentielles. (…) La simple volonté de compter sur ses propres forces et de n’être vassalisé par personne éclaire bien des aspects, y compris en ce qui concerne la mise à l’ordre du jour de la terreur. (Alain Badiou, dans Le Monde)

Résultat au Cambodge: 1,7 millions de morts!


L’arroseur arrosé

Michel Onfray souligne aussi que, question argent, le journal de référence comme on l’appelle de façon coutumière, n’a pas toujours fait référence, d’ailleurs le livre La Face cachée du Monde, écrit par Pierre Péan et Philippe Cohen en 2003 dévoile, entre autres malversations, un intense travail de lobbying rémunéré au prix fort auprès de Lionel Jospin. Le management du Monde, avec Jean-Marie Colombani et Edwy Plenel à sa tête, correspond à tout sauf à l’image de transparence qu’elle défend en façade. « Daniel Schneidermann dira dans ce journal où il travaillait que ce livre soulevait un certain nombre de problèmes ; il sera licencié. »

Michel Onfray conclut que les auteurs de l’article de Monde incriminé dans cette attaque, s’acharnent à ne pas reconnaître en Onfray la gauche libertaire (tendance proudhonienne) qu’il incarne depuis des années. Abel Mestre, auto-désigné comme spécialiste de l’extrême droite est lui-même au PCF. Que dire du PCF : contre l’avortement et la contraception dans les années 50, qualifiant l’homosexualité de « vice de la bourgeoisie », et enfin anti-immigrés. Pour meilleure preuve, son leader charismatique, Georges Marchais écrivait au recteur de la Grande Mosquée en 1980: « il faut arrêter l’immigration (officielle et clandestine), sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage.« … Des propos qui visiblement n’émouvait pas beaucoup la gauche d’alors.


Quiconque dit la vérité sur l’Islam…

Lui, l’athée, dont les récents propos sur la dangerosité de l’Islam ont sans doute posé la dernière pierre du brevet d’infréquentabilité qui, on le sait, s’attache à vous pour toute une vie intellectuelle. Un corps étranger est toujours expulsé de son réceptacle d’origine. Pour Alexis Corbière, député de la France Insoumise, le cas Onfray est ainsi expédié:

« Michel Onfray, qui vient soi-disant de la gauche pure, est devenu l’idiot utile d’une pensée réactionnaire qui a pour point de jonction une obsession anti-islam » (Le Monde, 23/05/2020)

Michel Onfray n’hésite pas à critiquer les médias, et parfois même de l’intérieur de ceux-ci, et cela peut lui jouer des tours. Il dit ne pas lire ce qui s’écrit sur lui à longueur d’éditos (qu’ils soient de Laurent Joffrin ou de celui, qui, demain prendra sa place à Libération) et se contenter de se faire raconter ce qui se dit à son sujet. Nul doute que cette remise des compteurs à zéro augure du nouveau monde dont on nous rebat les oreilles au moins dans le champ intellectuel.

« Agir, c’est combattre », disait Pierre-Joseph Proudhon. Voilà une maxime qui pourrait décrire l’état d’esprit avec lequel Michel Onfray se prépare aux grandes crises du “monde d’après” (Nicolas Clément de Valeurs actuelles, 16/05/2020)

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