Georges Pompidou, une vie au service de la modernisation de la France (4/5)

Chaque semaine, Jean-Paul Delbert, journaliste, vous propose de découvrir une tranche de vie de Georges Pompidou (1911-1974). Cette semaine, retraçons son parcours, des chantiers de sa Présidence de la République à son décès en 1974. Bonne lecture!

Lire: La troisième partie du portrait

Lors de l’élection présidentielle, Pompidou l’emporte sur Alain Poher avec 57,6% des suffrages. Parmi tous les messages de félicitations que reçoit le nouveau Président de la République, un seul compte, celui de Charles de Gaulle: « Pour toutes raisons nationales et personnelles, je vous adresse mes bien cordiales félicitations » ((Pour rétablir une vérité, p. 290). Le Président des Français, dans son message au parlement du 25 juin 1969, n’oublie pas l’homme de Colombey: 

« L’Assemblée voudra s’associer unanimement à l’hommage qu’il convient d’adresser au général de Gaulle, libérateur de la patrie, et qui, après avoir restauré puis sauvé la République, l’a dotée d’institutions auxquelles notre peuple n’a cessé d’exprimer son adhésion. Que cet hommage parvienne jusqu’à lui dans sa retraite volontaire comme le témoignage de la reconnaissance nationale à l’égard de celui qui demeure et demeurera pour l’histoire le plus grand des Français…  » (Georges Pompidou, 1969)

A l’Elysée, le 10 juillet 1969, le Président Pompidou donne une conférence de presse où il confirme la primauté du Chef de l’Etat dans le cadre des institutions républicaines, et qu’il juge de son devoir de maintenir, comme il affirme sa volonté de poursuivre la politique engagée par le Général de Gaulle. Il prend néanmoins une position très nuancée sur l’élargissement de la Communauté européenne. Selon lui, la Grande-Bretagne par sa présence, rééquilibrerait la Communauté qui risquerait tôt ou tard d’être dominée par Bonn (Capitale de la RFA).


Le grand bain de l’international

En plein accord avec son Ministre des Finances, il procède à la dévaluation, le 8 Août 1969, et cette décision est approuvée par une grande partie de la classe politique.

S’il semble parfois accablé par le poids de sa tâche, il n’en est pas moins résolu à affronter les événements et à marquer de son empreinte la politique de la France. Il sait que, sans industrie puissante, il n’y a point d’emploi ni d’augmentation de revenus et surtout parmi les plus bas. Sans industrie profonde, la France n’aura aucun rayonnement ailleurs.

Comme le commerce international profite d’une formidable croissance, dès la fin des années soixante, il observe la guerre économique qui sévit sur le monde. Désormais de nombreuses entreprises participent à la compétition internationale. D’où la priorité industrielle exprimée en 1969 par le Président Pompidou au travers du VIè plan qu’il prépare avec M. Bernard Esambert. Il veut provoquer en une douzaine d’années le doublement de la production industrielle afin que la France progresse plus vite que nos voisins plus développés industriellement. Cette croissance doit être acceptée par le pays et il importe de la bien manier, c’est-à-dire sans un trop brusque bouleversement. La croissance, certes, se produira moins rapidement, mais elle se fera d’une manière harmonieuse et humaine. Il souhaite un taux de croissance annuel de 7,5% pour la production industrielle française. Ce choix s’accompagne de différentes mesures (mensualisation, participation des salariés…) afin que ce branle-bas soit accepté partout.


Adapter la France à un monde ouvert

3ème conférence de presse du président Pompidou le 2 juillet 1970

Les acteurs de cette accélération, il les voit avant tout dans les chefs d’entreprise, et à cette fin il les mettra en état de mobilisation générale. L’entreprise évoluera si elle n’entend point périr. Il veut la ténacité, la santé et le tonus de ces entreprises; il souhaite que beaucoup d’entre elles soient capables d’exporter massivement et de s’implanter sur les marchés étrangers. Toutes les réformes prévues par cet extraordinaire visionnaire doivent maintenir le développement industriel à un haut niveau. En matière d’innovation et de recherches, il importe que progressent de front la recherche fondamentale et la recherche appliquée.

Souvenons-nous que la science constitue un tout et elle ne se développera pas longtemps sans que la recherche fondamentale ne déchiffre les principales avenues du savoir. Cette politique offensive voulue par le président amène à la définition d’une politique pragmatique en matière d’investissements étrangers. La croissance sera particulièrement encouragée dans les télécommunications, l’aéronautique (Airbus), le spatial, le nucléaire ou l’informatique. Sans entrer dans le détail, je n’oublierai pas le pétrole.
Le Chef de l’Etat pense que, sans redouter aucun effet de domination, la France s’insérera économiquement dans le nouvel ensemble européen qui se constitue avec l’entrée de la Grande-Bretagne dans la communauté. En résumé, il faut que notre pays se dote d’une industrie digne de lui, capable d’exporter et de s’implanter au dehors. Et si l’on témoigne de la vitalité de notre économie, la culture française et la politique étrangère porteront leurs fruits.

Le 9 novembre 1970, il annonce avec solennité à la télévision la mort du Général de Gaulle:

Le Président Pompidou laisse à son Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas le soin de mener une politique de continuité et d’ouverture en maintenant les grandes orientations de la Ve République. Pompidou se révèle le chef de la diplomatie française avec une détermination aussi profonde que celle de son prédécesseur, mais avec plus de souplesse. Entre une Allemagne expansionniste et une Grande-Bretagne qui, au début, accepte avec réticence son entrée dans le marché commun, il éprouve parfois de la difficulté à se frayer un chemin. Il n’en reste pas moins à l’écoute de tous les événements mondiaux, comme en témoignent ses nombreux voyages à l’étranger. Il y a chez lui une volonté d’entente et d’équilibre avec les états de l’Ouest et de l’Est, mais aussi une attention particulière portée aux problèmes du tiers monde et des pays francophones. Il sera le premier chef d’état européen à se rendre officiellement en Chine, en septembre 1973, et il se déclare favorable à la coopération politique, économique et monétaire en Europe.

Chez nous, la politique d’ouverture, incarnée par le projet de « nouvelle société » que propose Chaban-Delmas s’accompagne de tentatives réformatrices: développement des relations contractuelles, actionnariat ouvrier et réforme régionale. Si Pompidou admet une certaine déconcentration, il insiste vigoureusement sur le rôle capital que doit conserver l’état.


Les deux années Messmer

Le remplacement de Chaban-Delmas par Pierre Messmer, le 5 juillet 1972, constitue un tournant qui entraîne un certain durcissement du régime. Le Président Pompidou étendra son contrôle sur une politique intérieure qui l’inquiète parce qu’elle est un peu détériorée par certains scandales (affaire Rives…), par une économie à la fois dynamique et fragile ainsi que par les conflits sociaux nés d’une difficile adaptation du Capitalisme industriel face aux exigences d’une société de plus en plus éprise de liberté et de responsabilité. Quand, en mars 73, le premier tour des élections législatives souligne le poids d’une opposition de gauche enfin soudée, il n’hésite pas à intervenir personnellement auprès du corps électoral assez indécis. La victoire des partis gaullistes acquise, il maintient Pierre Messmer à son poste et garde la haute main sur la politique étrangère.

Leonid Brejnev et George Pompidou, à Rambouillet, en juin 1973

En mars 1974, après l’avoir accueilli à Rambouillet en juin 1973 (photo ci-dessus), il va en Russie pour rencontrer Brejnev, dirigeant de l’URSS de 1964 à 1982, travaillant à adoucir les relations entre la France et les soviétiques.

Sa maladie, puis sa mort survenue le 2 avril 1974 ne lui laisseront pas le temps de poursuivre toutes les réformes qu’il souhaitait entreprendre dans notre pays.

C’est un grand coup pour la France qui perd un des plus glorieux de ses fils. Le Président Pompidou ne désire ni fleurs ni couronnes. Il réclame des obsèques sans faste: une messe à l’Eglise Saint-Louis en l’Isle, sa paroisse, mais chantée en grégorien, et une dalle en pierre de taille dans le cimetière d’Orvilliers où figureront seulement un nom et deux dates: Georges Pompidou 1911-1974.

Rendez-vous la semaine prochaine pour notre dernier épisode de la vie de Georges Pompidou. Pensez à vous inscrire à notre lettre d’informations pour recevoir tous nos articles.

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