Georges Pompidou, une vie au service de la modernisation de la France (5/5)

Chaque semaine, Jean-Paul Delbert, journaliste, vous a proposé de découvrir une tranche de vie de Georges Pompidou (1911-1974). Cette semaine, il revient sur l’héritage de cet homme d’Etat dans notre vie d’aujourd’hui. Bonne lecture!

Lire: Le portrait, parties 1, 2, 3 et 4)

De l’élan et de l’allant 

Je vous ai exposé  les principaux actes d’une vie qui appartient à l’Histoire. Le Président était un homme simple et bon qui parlait rarement de lui, mais chaque fois de manière directe et émouvante : « Du côté de mon père, tout le monde était paysan, mais non misérable« . Voici un autre exemple : « Plus tard… je devais connaître le vrai visage de mon père marqué par la bonté ». 
Et il évoque le soir de 1969, à l’hôpital Boucicaut, quand il sait que le vieil homme doit mourir: « Dors bien, papa, ai-je eu la force de dire. Dors bien toi aussi », me répondit-il, avec un sourire tendre et confiant. « Que tout le reste compte peu en de pareils moments ». Dans sa concision, une telle phrase nous montre son coeur.

On l’a vu, durant toute sa vie politique, le Président Georges Pompidou a donné une impulsion à la France. L’intérêt porté à son héritage est toujours particulièrement vivace. La fin de sa présidence tragique marque la fin des « Trente Glorieuses » avec le premier grand choc pétrolier; souvenez-vous du fameux : « En France, on a pas de pétrole, mais on a des idées! (1976) » 

Pompidou veut également tourner la page du gaullisme: on adopte, dans le nucléaire, la technologie américaine moins coûteuse ; il relance la construction européenne: le 1er janvier 1973, la Communauté économique européenne s’est ainsi élargie à 9 États avec l’entrée du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark.


Le bond en avant des transports

La France de Pompidou avance au rythme d’une croissance économique de 5 à 6% par an, des indices qui font rêver aujourd’hui. Elle prospère, invente le SMIC (en 1970), le briquet jetable (Bic en allume la flamme en 1973), objet mythique et symbolique. Elle consomme, travaille, se modernise. Voit loin aussi.
Le TGV? La ligne Paris-Lyon est décidée en 1974. Airbus? Le consortium franco-allemand est porté sur les fonts baptismaux en décembre 1969.

Le 2 mars 1969, Concorde, «Le bel oiseau blanc» s’élance pour la première fois vers le ciel, depuis la piste spéciale de l’aérodrome de Toulouse-Blagnac. 

Dans son VIe Plan, un effort considérable a été accompli en ce qui concerne les transports. C’est ainsi que plus de 7 milliards (de francs de l’époque) sont alloués aux transports routiers et 7,7 pour les transports par voie ferrée

De nouvelles lignes de métro, des lignes SNCF qui sont électrifiées et permettent un trafic plus rapide, de nouvelles autoroutes et les créations proprement parisiennes qui sont le périphérique et un certain nombre d’autres artères comme, par exemple, la voie express rive droite. II y a aussi l’achèvement du RER, une véritable révolution dans le cadre des transports souterrains. 

Cette évolution considérable des transports, faisant une belle place à l’automobile, fera dire au président Pompidou :

« Où est l’urbanité qui pourtant étymologiquement doit être la qualité du citadin? Je souhaite que les Parisiens fassent un peu de réflexion en eux-mêmes et sur eux-mêmes et qu’ils comprennent que l’environnement dans une grande agglomération urbaine c’est d’abord la conduite de ses habitants et le respect d’autrui. »


Paris, le renouveau culturel

En même temps, Georges Pompidou a l’obsession de redonner à Paris sa place de grande capitale culturelle:

«L’art est l’expression d’une époque, d’une civilisation, (…) le meilleur témoignage que l’homme – et aussi une nation – puisse donner de sa dignité.». (Cité par Le figaro, 03/06/2011)

Plusieurs  projets seront menés à bien dont: le Centre national d’art et de culture (le futur Centre Pompidou, décidé dès décembre 1969), le Festival d’automne (la première édition se déroule en 1972) ou encore le renouveau de l’Opéra de Paris où Rolf Liebermann arrive en 1973.

Le nom de Georges Pompidou est indissociablement lié à celui du Centre Pompidou, inauguré en 1977. Ami des arts, le président de la République eut cette idée de créer au cœur de Paris une institution culturelle originale vouée à la création moderne et contemporaine, où les arts plastiques voisineraient avec les livres, le design, la musique, le cinéma. Avec ses tuyauteries apparentes de toutes les couleurs, le bâtiment de Renzo Piano et Richard Rogers, duo choisi en juillet 1971 parmi 681 projets par un jury présidé par Jean Prouvé, déclencha la polémique. Mais ce manifeste de l’architecture du XXe siècle marquait une réelle volonté d’enrayer le déclin de Paris sur la scène artistique et de lui conserver son statut de place majeure de l’art contemporain.

Avec son épouse, Claude, Georges Pompidou partageait un goût éclairé pour le design, en plein essor dans les années 1960 avec de nouveaux matériaux comme le plastique. Le couple avait une affection particulière pour Pierre Paulin, qui dessina pour eux, à l’Élysée, le mobilier de la salle à manger, du fumoir, du salon orné de toiles de Kupka et Delaunay et de l’antichambre au décor à effet cinétique de rayures colorées de Yaacov Agam. Une petite révolution de palais, à l’époque.


Un président « aimé des français »

Malgré la maladie, sa disparition surprend les Français qui ont apprécié sa proximité au cours de nombreuses conférences de presse et de déplacements multiples dans tout le pays. Georges Pompidou tenait passionnément au bonheur de son pays.
Intelligence complète, simplicité, grandeur d’âme, érudition littéraire et anticipation de la modernité, fidélité au général de Gaulle sont, sans doute, les traits marquants de cette personnalité d’exception, enfant du Cantal.

La France de Pompidou rime, encore aujourd’hui, avec une France plus industrielle qui créait plus d’emplois ; une France où le chômage de masse était pratiquement nul et où l’ascenseur social fonctionnait parfaitement bien. Au point que même les politiques du XXIéme siècle s’en réclament, notamment chez Emmanuel Macron.

Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil Constitutionnel, déclare à ce sujet: « Pompidou, c’est le président des Français, qui a su en être aimé, ce qu’Emmanuel Macron rêve d’être. Ce qu’il n’a pas réussi à être jusqu’à présent » (Cité par Le Figaro, 19/06/2019)


La Fondation Claude Pompidou, au secours des plus fragiles

Madame Claude Pompidou survivra à son mari jusqu’en 2007. Elle consacrera sa vie à sa fondation.

« C’est proprement ne valoir rien que de n’être utile à personne ». 

C’est en se basant sur cette maxime de Descartes que Claude Pompidou décide, en 1969, de créer une Fondation pour venir en aide aux enfants handicapés, aux personnes âgées et aux malades hospitalisés. Claude Pompidou a toujours été sensible au sort de ceux qui souffrent et que la vie a malmenés.

Consciente que la seule initiative individuelle avait ses limites, elle décide de susciter un mouvement plus vaste qui aboutit en 1970 à la création d’une Fondation pour les enfants handicapés, les personnes âgées et les malades hospitalisés.

« Je ne connus jamais la tentation d’abandonner »


Dès le début des années 1980, elle s’intéresse à l’émergence de la maladie d’Alzheimer. Sensible aux familles dont elle a perçu les souffrances et convaincue de la nécessité d’aider la recherche médicale dans ce domaine, elle mobilise sa Fondation autour de ces deux axes et inaugure, en 2001, le premier centre entièrement conçu et dédié à la prise en charge des malades d’Alzheimer. Chaque jour, pendant plus de 35 ans et jusqu’à son décès le 3 juillet 2007, Claude Pompidou était présente dans les locaux de la Fondation à Paris. Comme elle en avait exprimé le souhait, c’est Bernadette Chirac qui pris sa suite à la présidence de la Fondation dès le mois de septembre 2007.


Voir aussi : L’héritage de Georges Pompidou par Jacques Chirac (INA, JT FR3 Auvergne, 1986)


En image de couverture : Hommage à Georges Pompidou, par Victor Vasarely, 1976.

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