Contre l’idéologie de gauche: De quoi le « réac » est-il le nom?

Chaque semaine, nous vous proposons un tour d’horizon de la lutte contre l’idéologie de gauche. Avec « De quoi réac est-il le nom?« , nous démontrerons comment la Presse de Gauche a ciblée un certain nombre de journalistes et d’intellectuels dits « réactionnaires » pour le peu qu’ils ont (ou pas) en commun. Je remercie Elisabeth Lévy pour son excellent ouvrage La Gauche contre le Réel, (Fayard, 2012) de m’avoir donné la matrice de cet exercice, qui nous fera faire de fréquents aller-retours des années 60 à aujourd’hui.


Introduction: la psychiatrisation du réel

Nous sommes rentrés, depuis plusieurs dizaines d’années, dans le monde de l’autocensure et de l’anathème.
La maxime de notre époque pourrait être : « C’est vrai, mais on ne peut pas le dire ». Cela vaut pour le travail sociologique, historique, journalistique, comme parfois même économique. Est-ce le fait de l’exagération de précautions oratoires dans l’espace médiatique ou quelque chose de plus profond qui structure le débat public ? C’est ce que nous allons aborder en nous plaçant du point de vue des intellectuels réactionnaires, ou plus sobrement, des intellectuels qui ne craignent pas l’ordre établi.


Le rejet de l’idéologie de mai 68

Car chacun se définit à partir de lui-même, et si à l’expression « réactionnaire » ont succédées les étiquettes de « conservateur » ou de « souverainiste », il nous paraît important de citer la définition que font d’eux-mêmes que les plus visibles d’entre eux dans les médias :

  • Pour Ivan Rioufol : « Le réactionnaire aimerait que les élites cessent de confondre progrès et fuite en avant ». (De l’urgence d’être réactionnaire, PUF, 2012)
  • Pour Eric Zemmour « l’ordre dominant de notre époque, (est) hérité de l’idéologie de Mai 68 ». Il condamne « ceux qui voient le progrès dans la rupture avec les racines ».
  • Enfin, pour Natacha Polony, il faut « refuser l’acceptation de toutes les revendications d’un hyper-individualisme destructeur des solidarités nécessaires à la constitution d’une communauté politique libre de choisir son destin. »

Le camp du bien

Dans la France contemporaine, il existe deux camps : celui qui craint « la libération de la parole », tandis qu’un autre déplore « la bien-pensance ». Et une frange de la droite n’est pas pressée de choisir son camp. A l’inverse, toute la gauche n’est pas perdue pour le pluralisme.

Reste qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des intellectuels : car la « pensée magique », ou pour reprendre la définition qu’en fait le psychiatre Derek Bolton, l’explication de phénomènes réels par des causes irrationnelles, gagne du terrain chaque jour.

Une partie de la gauche française a opérée, dès son arrivée au pouvoir et avec des outils très institutionnalisés comme SOS Racisme en 1984 (NDLR: nous y reviendrons dans un autre article), une définition de la gauche comme camp du bien. Une fois installé dans ce confort, il ne restait plus à en garder l’accès avec la sévérité que cette besogne requiert.


Qui mène (vraiment) le débat ?

C’est dans cette sombre visée que les directeurs de conscience ont dressé des « listes noires » de réactionnaires, de Libé à l’Obs jusqu’au Monde en passant par Marianne. Dans un ouvrage de référence sur la lutte contre les réactionnaires (Le Rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires, Seuil, 2002), Daniel Lindenberg, le sociologue auquel on doit l’expression la « droite d’arrogance », mettait dans une même liste des personnalités aussi diverses des écrivains et penseurs « réacs »:
Jacques Bouveresse, Alain Besançon, Renaud Camus, Maurice Dantec, Luc Ferry, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Michel Houellebecq, Christopher Lasch, Pierre Manent, Philippe Muray, Jean-Claude Milner, François Ricard, Pierre-André Taguieff, Paul Yoennet.

Et puis, à mesure que les censeurs en chef comme Pierre Rosanvallon, Edwy Plenel ou Laurent Joffrin (pour n’en citer que trois) prenaient goût à ce jeu, ils élargissaient leurs listes noires indéfiniment jusqu’à tomber sur Michel Onfray, coupable de ne pas (ou de trop) voir les délices de l’époque faite de « pas d’amalgames » ou de béatitude mondialiste.

Pour Alain Duhamel, cité par Libé fin 2012, 

«La tendance est aux polémistes de droite mais c’est surtout une question de période. Après la guerre d’Algérie, par exemple, les polémistes d’extrême droite étaient omniprésents tandis qu’après 1968, ce sont ceux de gauche et d’extrême gauche qui monopolisaient le débat.»

Le problème n’est pas tant que les réacs soient censurés, mais de pouvoir déplorer qu’ils ne le soient pas encore. Pour l’ex-socialiste et ex-LREM Aurélien Taché, il faut se rassembler « face aux réactionnaires qui ont pignon sur rue ». Car il faudrait être aveugle pour ne pas le voir, des anti-capitalistes aux socialistes en passant par les Verts jusqu’aux marcheurs, le « rassemblement » auquel il faut Taché n’a guère plus que l’espace du trottoir pour promener ses idées progressistes en liberté.


Les « ricaneurs » à la fois creux et interchangeables

Si à longueur d’émission de télévision où règne la dictature du cool, la bonne parole est devenue tellement monochrome qu’elle ne mérite même plus d’en surligner les meilleures passages. A l’inverse, le propos réactionnaire est souvent assimilé au concept de « dérapage ». Ce verbe, « déraper » même devrait paraître suspect à quiconque le profère. Untel « dérape », mais par rapport à quelle ligne préétablie ? Philippe Muray notait avec humour que s’ils (les réactionnaires) « dérapaient », eux (les actionnaires) étaient « le verglas » (Philippe Muray, Festivus festivus: conversations avec Elisabeth Lévy, Fayard, 2005).

Et il y a le plus souvent peu voire aucun rapport entre ce qui est dit et ce qui est retenu par le jeu du montage et des petites phrases. Un bon exemple de ce genre de prêt-à-juger expéditif est une chronique de Sophia Aram, une des « humoristes » de France Inter, qui superposait dans la bouche d’Elisabeth Lévy les mots excision et islam, pour lui décerner aussitôt un titre d’ « islamophobe ». Quand on ne peut répondre à un accusateur qui se contente de lire un texte écrit par un autre, et quand l’autosatisfaction tient lieu de résistance, on est incapable de répondre, de guerre lasse. Muray disait : « Quel fer voulez-vous croiser avec quelqu’un qui ne pense rien? » (op. cit)

Toutes ces saillies à longueur de billets d’humeur qui se veulent drolatiques, poursuivent un but unique : restaurer la gauche dans un combat supposé du bien contre le mal. Car cette gauche, pénétrée qu’elle est de sa supériorité morale, ne peut accorder de crédit à d’autre qu’elle-même.

« Les mêmes (…) qui dénoncent l’irrespect et approuvent l’irrévérence, s’inquiètent de la « libération de la parole » et se pâment d’aise quand un artiste rebelle se targue de « casser les codes ». » (Elisabeth Lévy, La gauche contre le réel, op. cit)


Conclusion: la Gauche à court de désirs

Le Think tank satellite du Parti Socialiste, Terra Nova dans sa note « Quelle majorité pour 2012 », préconisait de tourner le dos à :

« Un électorat qui considère que la France est de moins en moins la France, c’était mieux avant, un électorat plus pessimiste, plus fermé, plus défensif » et s’ouvrir aux « diplômés, aux jeunes, aux minorités ». (Terra Nova)


Comme l’expliquait le philosophe Michel Onfray dans une tribune au Figaro le 20 juin 2020 intitulée « La Gauche acéphale »: la chute du Mur de Berlin et l’acceptation du Marché et de l’Europe (à moins que cela ne soit l’inverse) ont forcé la gauche à chercher de nouveaux combats du côté de toutes les minorités, quitte à « désespérer Billancourt » pour paraphraser Jean-Paul Sartre. Il écrit :

« Dès lors, le prolétaire n’est plus l’acteur de l’Histoire, il est sommé de laisser sa place aux minorités : il ira se consoler de ce congédiement théorisé par Terra Nova chez les Le Pen. (…) en détruisant les nations, les peuples, les pays et les États, elle accélère le mouvement vers un gouvernement mondial qui sera tout, sauf de gauche. Les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) y travaillent déjà. » (…) La gauche marxiste monolithique, perdue après la mort de Marx et de son empire, a laissé place à une gauche moléculaire. La première visait l’universalisation de sa révolution; la seconde, la généralisation du communautarisme. L’ancienne faisait peur au capital, la seconde le réjouit. »

Si le futur ne fait plus rêver, c’est l’idée du mouvement, comme l’a décrit François-Xavier Bellamy dans son essai Demeure, qui l’a remplacé. Désormais, le changement est devenu, plus qu’un slogan de campagne, un projet indépassable.

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