Entre Erdogan et la Grèce, il y a de l’eau dans le gaz (ou l’inverse?)

Les relations entre la Grèce et la Turquie s’enveniment à nouveau au sujet des gisements de gaz en Méditerranée orientale, zone maritime disputée par les deux pays: ils sont en effet en désaccord sur la délimitation des frontières maritimes (voir carte ci-dessous). Le 10 août 2020, la Turquie a envoyé un navire, l’Oruç Reis, navire de recherche d’hydrocarbures dans cette zone de la Méditerranée, au large de l’île grecque de Kastellorizo, au sud d’Antalya pour des recherches qui devraient durer jusqu’au 23 août d’après la Turquie.

Cinq navires militaires turcs accompagnaient l’Oruç Reis. La Grèce a envoyé ses propres bateaux de guerre pour surveiller les activités turques. Révoltée, la Grèce a demandé qu’un sommet Européen se tienne en urgence car elle estime que ces recherches sont illégales et que la Turquie « menace la paix ». Le sommet eu lieu ce vendredi en visioconférence. Il était demandé depuis des mois par la Grèce et Chypre.


Les ZEE (Zones Economiques Exclusives), sources de tensions

Suite à la signature du pacte turco-libyen (27 novembre 2019), l’espace maritime de la Turquie a été fortement élargi, si bien que les pays tels que la Grèce en particulier mais aussi Chypre, Egypte et Israël regardent d’un œil jaloux cette zone maritime qui, selon un rapport publié en 2010 par l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), révèle une réserve d’environ 1,7 milliard de barils de pétrole et 3,45 billions de mètres cubes de gaz naturel. Les recherches impliquent le tractage de deux câbles sur une longueur totale de 1.750 km afin de détecter des ressources énergétiques.

Dans ce climat de tensions toujours plus fortes, Le Président Turc, Recep Erdogan, menace directement la Grèce :

« Ne pensez même pas à attaquer l’Oruç Reis, vous payerez le prix fort si vous attaquez notre Oruç Reis » Et ils ont eu la première réponse aujourd’hui » (…) « Nous ne pouvons pas laisser la moindre attaque sans réponse. Hier, un tel incident est survenu (…). Si cela continue, nous répliquerons« 

Erdogan a sous-entendu que l’Oruç Reis avait été attaqué pendant son expédition et que de ce fait, la Turquie aurait répondu. Or, le ministère grec de la Défense a nié avoir attaqué le bateau turc…


L’Europe, solution à cette « guerre »

Dans un premier temps, l’Union Européenne a demandé à la Turquie de cesser ses activités d’exploration.

Récemment, le Premier Ministre grec, Kyriákos Mitsotakis, a discuté de la situation entre la Grèce et la Turquie avec le président du Conseil européen Charles Michel et avec le secrétaire général de l’Alliance atlantique Jens Stoltenberg qui est favorable à une gestion pacifiste de cette question :

« Cette situation doit être réglée dans un esprit de solidarité entre alliés et en accord avec les lois internationales« 

Jens Stoltenberg

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell souhaite aussi développer la voie pacifiste :

« Les frontières maritimes doivent être définies par le dialogue et les négociations, et non par des actions unilatérales et la mobilisation de forces navales »

La France, toujours en froid avec la Turquie, défend la Grèce et Chypre et a fait dépêché deux Rafale et deux navires de guerre en Méditerranée orientale.

La Turquie considère que la France se comporte « comme un caïd » et « accentue les tensions » en Méditerranée orientale. Le Chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu considère que les agissements de la France ne font qu’empirer la situation :

« La France, en particulier, devrait cesser de prendre des mesures qui accentuent les tensions. Ils n’obtiendront rien en se comportant comme des caïds »

Mevlüt Cavusoglu- chef de la diplomatie turque – Le Monde 14 août 2020

L’Europe réussira t-elle à brider le nouveau sultan? Rien n’est moins sûr… Dans un billet très éclairant, Maxime Tandonnet écrit que la France fait preuve d’une « diplomatie du petit coq« .

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