Anne-Sophie Chazaud dénonce dans le Figaro un nouvel étau liberticide protéiforme autour de notre démocratie

Anne-Sophie Chazaud est philosophe, haut fonctionnaire et essayiste. Elle publie dans des nombreux journaux comme Marianne ou Le Figaro, entre autres. Interviewé chez ces derniers, elle fait le constat d’une censure désormais intériorisée par le prisme de l’action de militants et de notre Droit.

La pression du politiquement correct, qu’Anne-Sophie Chazaud nomme la « morale contemporaine » dans son dernier livre consacré à la liberté d’expression, Liberté d’inexpression (éditions de l’artilleur) est exacerbée aujourd’hui. Néanmoins des forces contraires, issue des sphères intellectuelles comme populaires (à travers les blogs et réseaux sociaux notamment), pourraient la faire baisser en intensité.

« Les réseaux sociaux sont d’ailleurs l’enjeu d’une tectonique majeure en termes de liberté d’expression: à la fois lieux de grande liberté mais aussi d’infinies pressions activistes, des diktats du politiquement correct guidant la gouvernance même de ces entreprises et enfin objets de toutes les convoitises censoriales de la part du pouvoir politique ».

Anne-Sophie Chazaud, Interview au Figaro, 26/09/2020

Parmi les différentes censures à l’œuvre aujourd’hui, il y a celle, la plus spectaculaire, de la menace islamiste, que ce soit dans l’affaire Mila ou de Charlie Hebdo (voir notre article sur le renoncement de l’AFP à la signature d’une tribune pour la liberté de la Presse).


La Cancel Culture

Mais il faut compter désormais avec celle, plus instituée encore, de la « cancel culture » (NDLR: culture de l’annulation), très active aux Etats-Unis. C’est devenu un mécanisme revendiqué pour pouvoir réécrire le réel, qu’il soient dans le champ de la Culture ou de l’Histoire.

On ne compte plus les conférences ou pièces de théâtre annulées, au nom d’un antiracisme ou d’une anti-homophobie dévoyés. Parmi les nouveaux totems de notre monde contemporain, il y a l’écriture inclusive ou la peur hystérique de ne pas « stigmatiser ». La censure est si forte qu’elle se mue souvent en auto-censure. D’universaliste, une partie de la gauche est devenue communautarisme. En résumé, un nouveau totalitarisme se met en place, et les lieux habituels de foisonnement du savoir et de la contradiction, comme l’Université ou les grands médias se referment petit à petit en bastions du politiquement correct.

Rappelons que le 7 juillet 2020, en réaction au licenciement d’une éditorialiste de centre-gauche au New York Times qui contestait la « censure d’extrême gauche » au sein de la rédaction, 153 personnalités faisait état d’un climat d’ « intolérance face aux opinions contraires, la mode (…) de la dénonciation publique et la tendance à dissoudre la complexité des sujets politiques dans des certitudes morales aveugles« . Une vraie prise de conscience d’un malaise souterrain parmi les intellos Outre-Atlantique.


L’euphémisme est devenu le lieu refuge de notre époque

Il existe aussi une tyrannie du premier degré: toute mise à distance entre ce qui est présenté et l’intention derrière cette représentation est passée au broyeur des obsessions contemporaines que sont la sexualité, la couleur de peau, mais aussi la réussite et l’élévation sociale.

SI les associations et les activistes de tous horizons se professionnalisent dans la judiciarisation de la parole publique, les Lois mémorielles (comme la Loi Gayssot) ont aussi grandement contribué à verrouiller la parole dissidente. D’autres dispositifs, comme le « secret des affaires », ont limité le champs d’application du journalisme d’investigation.
Dans la période récente, les interdictions des rassemblements pour des motifs sanitaires (ou pas) et les coups de force avortés de la Loi Avia ou les papiers de journalistes  »agréés » par le gouvernement (liste non exhaustive) doivent plus que jamais, induire une vigilance vis-à-vis d’une censure systémique.

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