Un achat compulsif d’1,2 milliard de dollars pour le Remdesivir, qui ne réduit pas la mortalité du Covid-19

Douche froide pour le laboratoire Americain Gilead : le 15 octobre 2020, l’OMS annonce les conclusions de son étude Solidarity : le Remdesivir ne réduit ni la mortalité, ni le temps que les patients COVID-19 prennent pour récupérer.
Le Président de la Société européenne de médecine de soins intensifs (ESICM), Jozef Kesecioglu, déclare que le Remdesivir ne doit pas être utilisé comme traitement de routine pour les patients atteints de COVID-19 dans les services de soins intensifs. Pourtant, l’Union Européenne a signé un contrat de 1,2 milliards d’euros pour ce médicament une semaine auparavant.


Remdesivir : médicament peu ou pas efficace

Le Remdesivir avait été le premier médicament à obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle le 3 juillet 2020 pour le traitement des patients ayant une pneumonie associée à la COVID-19 et recevant une oxygénothérapie. Le laboratoire Gilead, avait alors déposé un dossier pour le remboursement de la prise en charge des formes sévères de Covid-19. Aux vues des conclusions de la commission de la transparence de la HAS, Gilead avait retiré sa demande de remboursement et n’avait fourni aucune donnée ce qui empêcha la commission d’évaluation économique et de santé publique (CEESP) d’évaluer la dite efficience de ce médicament.

La Société ESICM qui regroupe les plus grands anesthésistes et médecins spécialistes en réanimation de 120 pays conclut ainsi :

«Le Remdesivir est désormais classé comme un médicament que vous ne devriez pas utiliser systématiquement chez les patients atteints de COVID-19»

Jozef Kesecioglu, Président de la Société européenne de médecine de soins intensifs (ESICM)

Ce médicament, à l’origine développé dans le cadre du virus Ebola, avait déjà subi un échec cuisant à l’époque face à d’autres médicaments plus efficaces. Deux ans plus tard, Gilead retente sa chance en annonçant des pseudo effets sur le Covid-19. En France, ce médicament n’est pas remboursé en raison d’une efficacité non démontrée.


Un achat non raisonné : 1,2 milliards d’euros

Le 8 octobre 2020, la Commission Européenne a signé avec Gilead un contrat d’1,2 milliard de dollards soit 500.000 doses. Le 23 septembre 2020, le laboratoire Gilead connaissait les conclusions très décevantes de l’OMS. Personne ne comprend alors dans la communauté scientifique car les études précédentes menées par le NIH (National Institute of Health) ou publiées dans The Lancet concluaient respectivement à un gain de 4 jours pour se rétablir ou encore « n’a montré aucun avantage statistiquement significatif du traitement« .


Olivier Véran et Marie-Paule Kieny, ex Responsable de l’OMS, reconnaissent une efficacité extrêmement relative du Remdesivir

Le 26 juin 2020, le ministre de la Santé Olivier Véran déclarait qu’il allait être très prudent sur l’usage du Remdesivir, médicament qu’il jugeait peu efficace :

« J’attends l’avis de la Commission européenne, puis j’attendrai l’avis des agences françaises du médicament (…) Ce traitement a pu montrer une efficacité, mais qui reste extrêmement relative ». 

Olivier Véran, 26/06/2020

Etrangement, c’est seulement le 9 octobre, le lendemain de la signature du contrat que la Commission se rend compte de son achat inutile. C’est ce que nous explique la porte-parole de la Commission Européenne :

« La Commission a pris connaissance des résultats de l’essai Solidarity le 9 octobre suite au rapport de l’Agence européenne des médicaments (EMA) lors de la réunion du groupe de travail COVID le même jour » (…) «Il n’y a eu aucune discussion avec l’OMS sur l’étude en cours avant la signature du contrat avec Gilead.»

La porte-parole de la Commission Européenne

Marie-Paule Kieny, directrice de recherche à l’INSERM et ancienne responsable de l’OMS dit que c’est un «énorme» gaspillage pour les pays de l’UE d’investir dans le remdesivir sur la base de l’idée que cela pourrait aider un petit sous-ensemble de patients«Vous pouvez toujours dire: OK, maintenant, si je sépare la population et si je ne prends que ceux qui ont un œil bleu et une jambe en bois, c’est peut-être très efficace », dit-elle.

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