Le message d’Eugene Bullard traverse les siècles: « tous les sangs coulent rouge »

Image d’illustration: Lithographie représentant Eugene Bullard devant son avion et avec sa devise inscrite «Tous les sangs coulent rouge» et parmi ses camarades d’aviation.

Avec une dédicace toute particulière aux racialistes, indigénistes et autres « insoumis »

Jour pour jour le 15 novembre 1916: Eugene Bullard est le tout premier admis dans l’armée française. Afro-américain né dans l’Etat de Géorgie en 1895, Eugene Bullard, émigre de manière rocambolesque vers l’Europe, d’abord à Londres puis à Paris pour échapper à son milieu et effectue différents métiers (cavalier dans un cirque, boxeur) avant de s’engager dans la Légion étrangère. Son père lui répétait que la France était le seul pays au monde où l’on jugeait sur les compétences, les qualités et le mérite, et non sur la couleur de peau. Il participe ainsi aux batailles de la Somme et de Champagne et est blessé à Verdun en 1916.

Inapte à servir dans l’infanterie après sa blessure, il devient mitrailleur puis pilote dans l’aéronautique militaire française où il obtient deux victoires aériennes.

Refusé par les Américains dans le Lafayette Flying Corps après leur entrée en guerre à cause de sa couleur de peau, il est muté à l’arrière sur pression des autorités militaire américaines qui ne veulent pas voir un noir piloter un avion de chasse. Il s’installe à Paris après-guerre et dirige un cabaret accueillant les célébrités du moment (Joséphine Baker, Louis Armstrong) jusqu’à ce que la Seconde guerre mondiale le voit rempiler.

Parlant et comprenant parfaitement l’allemand, il fournira des informations précieuses aux renseignements militaires français sur les espions allemands fréquentant son bar. Malgré son âge, il s’engage au 51e R.I. mais est à nouveau gravement blessé en défendant Orléans. Il sera exfiltré aux États-Unis via l’Espagne. Lin d’être inactif, il milite au sein du mouvement gaulliste américain « France Forever » et fait lever des fonds pour la France Libre. Pensionné par la France, il vit modestement de petits métiers à New-York où la ségrégation l’empêche d’exprimer ses très nombreux talents.

Il sera passé à tabac par la police lors d’une première manifestation pacifiste pour les droits civiques. Il meurt misérablement en 1961 après avoir ravivé la flamme du soldat inconnu en 1956 a Paris, avoir été fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1959 et qualifié de « véritable héros français » par le général de Gaulle en 1960.

Sous prétexte de l’avoir été intégré dans l’US Air Force «à titre posthume» en 1994, les Américains lui ont érigé une statue en 2019 sur une base aérienne en Géorgie et en le qualifiant je cite de premier pilote « afro-américain ». Or, Eugène Bullard a été de son vivant et jusqu’à sa mort un militaire français décoré et pensionné comme tel, et quelque fût sa couleur de peau. Et comme lui répétait son père : «Tous les sangs coulent rouge»

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