Fiche de lecture: « Principal du collège ou imam de la république? » de Bernard Ravet

Bernard Ravet, normalien, retraité de l’Education Nationale depuis 2015, a été en responsabilité entre 1999 et 2012 dans plusieurs collèges de Zones d’Éducation Prioritaire (désormais on parle de R.E.P) de l’Académie Aix-Marseille: comme adjoint au Collège Manet dans les quartiers Nord (ou il a passé 3 ans), et comme principal au collège Versailles, à Jean-Claude Izzo et enfin au Ruissatel. 


La lâcheté de l’Education Nationale

Il raconte dans son livre «Principal de collège ou imam de la République» (Kéro, 2017, J’ai Lu, 2018) les immenses difficultés qu’il a vécues dans ses fonctions (agressé trois fois dans ses fonctions, il a même failli mourir dans son bureau) et la lâcheté de l’Education Nationale qui ignorait superbement ses alertes sur la violence. Cet aveuglement est d’ailleurs devenu un sujet de dérision tant il ne pouvait compter que sur le Département.

L’insécurité est « partout » et la violence est non seulement dans l’agressivité du langage des jeunes garçons ou des jeunes filles, mais elle s’exprime aussi physiquement entre élèves mais aussi contre l’établissement lui-même.

Son constat clinique nous saisit:

« Dans le rapport avec les enfants, tout rapport avec autrui est un rapport de force, qui ne laisse aucune place à l’empathie ».

Bernard Ravet

Au Collège Manet, par exemple, les agressions sont hebdomadaires, et elles impliquent des couteaux, dissimulés dans des sacs que le personnel du collège n’a – honteusement – pas le droit de fouiller. Les intrusions ont lieu en pleine nuit et plus rarement en journée. 


« Ici la Police, on ne l’appelle pas »

Ainsi, les grilles de ce collège ont été fréquemment victimes de voitures-béliers, et son gymnase, incendié criminellement. En 2003, monsieur Ravet a évité une mort certaine en quittant son bureau quelques secondes avant qu’un bloc de béton ne le transperce. 

Le principal souligne le rôle des médiateurs qui peuvent prévenir les conflits hélas de plus en plus récurrents, déclenchés par des menaces sur les réseaux sociaux.

Vis-à-vis de la police, Bernard Ravet décrit avec précision dans la population des quartiers sensibles et dans l’Education Nationale une omerta partagée qui facilite les vols et les violences, et qui s’illustre avec cette phrase: « Ici la Police, on ne l’appelle pas ». La faute, sans doute, à des consignes de l’Education Nationale qui fait que l’usage de la force doit être bannie des abords de l’établissement, et à plus forte raisons, de l’établissement lui-même.

Comme seule réponse pour ce principal, cette ligne de conduite: ne laisser passer aucune incivilité, pratiquer la théorie du « carreau cassé ». Cette théorie fait un parallèle entre la montée de la criminalité et l’augmentation du nombre de fenêtres cassées à la suite d’une seule fenêtre brisée que l’on omet de réparer (Wikipédia). Bernard Ravet s’affranchit aussi de son périmètre d’action en se rendant personnellement chez des parents qui ne souhaitent pas paraître au collège.


Quand l’islamisme conteste les cours, la mixité…

Autre aspect du livre, qui vient d’une personnalité qui se veut d’une «gauche républicaine», l’emprise du fanatisme sur nombre de ses élèves musulmans (maghrébins, comoriens, ou tchétchènes) pendant toutes ces années. L’islamisme ne représente qu’une petite partie de son récit. Mais il était déjà à l’époque terrifiant.

Depuis 2003, il voit le ghetto social du plus vieux quartier musulman de la Cité Phocéenne, le 3ème arrondissement de Marseille, se doubler d’un ghetto islamisé. 90 à 95% de ses élèves pratiquant le ramadan, ce qui l’oblige à permettre de lever la demi-pension dans cette période particulière. Des jeunes filles de plus en plus jeunes se voilent, à l’image des parents et les interdits religieux frapper à tous les étages de l’enseignement. 

Et ce propos d’un élève qui en dit long :

« Je vous parlerai comme j’ai envie de vous parler. Vous n’êtes qu’une femme. »

Un élève du collège de Bernard Ravet

Et le rapport de force entre la neutralité de l’école et le prosélytisme islamique trouve son expression la plus pure dans le fait qu’une enfant de sixième, une certaine Djamila qui tente d’entrer dans l’enceinte du collège avec un foulard sur sa tête. Djamila, dont on apprendra plus tard que son père, polygame et violent, l’a séquestré en Algérie pour l’empêcher d’aller à l’école!

Et derrière ce voile, souvent le même motif « Je le porte parce que j’en ai assez de me faire embêter dans le quartier ». Et, plus sourdement, chez les adolescents, une quête d’identité autre que française.

Et avec le rapport Obin sur les signes religieux à l’école, auquel il a contribué, Bernard Ravet a constaté que ce mal de la montée de l’islamisme n’était pas l’apanage de son collège difficile. Il est sur tout le territoire.

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