Michel Onfray déboulonne François Mitterrand

Le philosophe Michel Onfray a écrit un livre à charge contre François Mitterrand dans un comparatif avec le Général De Gaulle très désagréable pour lui. Dans une interview au Figaro, le fondateur de Front Populaire revient sur la vacuité de ses engagements et le cynisme qui présida à son action toute sa vie. Pour lui, il s’agit d’un suicide à deux coups: le tournant de la rigueur et l’Acte Unique Européen.


« Il manque à la gauche un Nuremberg qui lui permettrait de repartir sur des bases assainies »

Michel Onfray rappelle qu’il a commencé sa carrière à l’extrême droite avant-guerre. Le Front populaire a massivement voté les pleins pouvoirs à Pétain. Mitterrand a compris que seule une opposition caricaturale au Charles de Gaulle, théorisée dans Le coup d’État permanent, pouvait le mener aux portes du pouvoir (voir son interview sur la pensée 68) Il a réussi à séduire « pour un plat de lentilles » les communistes en accédant au pouvoir en 1981.

Il déplore que Mitterrand ait tourné le dos à son programme de gauche le 23 mars 1983 avec le tournant de la rigueur. Par la suite, par calcul électoral, il a donné de la visibilité et de l’audience à Jean-Marie Le Pen en lui ouvrant les portes des studios de télévision puis les portes de l’Assemblée Nationale avec l’instauration de la proportionnelle.

En symétrie parfaite, Mitterrand a enterré l’universalisme en instrumentalisant Touche pas à mon pote. C’est le fameux « Droit à la différence » qui préfigure le séparatisme d’aujourd’hui.

Le 7 février 1992, il précipite la France dans les bras du projet européen libéral avec l’Acte Unique duquel il fut le promoteur zélé en « criminalisant » les oppositions au projet. Ainsi, Philippe Séguin sera la victime de l’utilisation qu’il fait de son cancer sur un plateau de télévision. Et c’est ce moment-là qui définit la dilution de la France dans un grand marché, sur fond de désindustrialisation du pays.
Au cours de son deuxième septennat, il nomme Bernard Tapie ministre de la Ville, et endosse le slogan devenu célèbre: « Vive la crise ».


« Le compagnonnage entre le fascisme et la gauche n’est pas une affaire nouvelle »

Sur le plan éthique, les années Mitterrand furent celles des affaires. C’est un long chapelet d’affaires qui entourent sa présidence: l’affaire Urba, les écoutes de l’Elysée, le Rainbow Warrior, l’affaire Grossouvre, les délits d’initiés, etc. Sans compter la mort de Bérégovoy.

Outre la famille cachée payée par le contribuable, c’est une véritable Cour qui s’est organisée autour de l’Elysée en cercles concentriques: Il y a le premier cercle avec Jacques Attali, puis Pierre Bergé, Jack Lang, Julien Dray et des intellectuels comme Bernard-Henri Lévy et Olivier Duhamel et leurs relais de presse: Globe, Libération, Le Monde, ou encore Le Nouvel Observateur.

En conclusion, François Mitterrand a transformée la gauche française en une gauche américaine, qui avait digérée la French Theory de Foucault et Derrida, la transposant en politiquement correct. L’attitude de la gauche au moment de l’affaire du voile de Creil en octobre 1988, est à cet égard éloquent. Et c’est sans compter l’éloge de la polygamie de la femme officielle de Mitterrand.

Il s’agit, selon le philosophe, du début de l’intersectionnalité (ce qu’il nomme fachosphère de gauche) que nous voyons émerger actuellement, avec les décoloniaux et les racialistes.

« Cette fachosphère de gauche monopolise le débat dans les écoles, les universités, la recherche, elle aussi subventionnée par l’impôt du contribuable, les médias dits du service public, mais aussi la plupart des autres qui, bien que privés, sont aidés par l’impôt eux aussi ».

Michel Onfray, Le Figaro, 16/04/2021

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