La démographe Michèle Tribalat s’exprime sur la disparition de la mixité ethnique

En réponse à une mère de famille d’une cité sensible de Montpellier qui se plaignait que son fils ne connaisse pas de personne nommée « Pierre » hors des livres, on a vu très vite surgir, dans la foulée du Président de la République, l’explication sociale de la fuite des « français de souche » de certains quartiers et la nécessité, en réponse, d’y remettre davantage de l’argent. Or, n’en déplaise, c’est bien d’un problème de mixité ethnique que la montpelliéraine a soulevé. Avec la question des prénoms, dont la liberté est désormais sacralisée en France, le nombre d’immigrés est-il un autre de ces sujets tabous en France ou recouvre-t-il la même réalité? C’est ce que nous allons tenter d’interroger avec l’expertise de Michèle Tribalat, démographe spécialiste de l’immigration en France.


Le constat par le quantitatif

Car oui, il y a des problèmes de mixité ethnique et culturelle en France, comme le constate Michèle Tribalat. Interrogée dans les colonnes du Figaro, elle fait état de ses propres recherches sur la concentration d’immigrés et de fils d’immigrés dans nos villes, qui doivent contourner la difficulté de l’interdiction de statistiques ethniques sur la base des origines des aïeux dans notre pays par l’institutionnel Conseil national de l’information statistique (CNIS).

Pourquoi ce refus? Parce, soi-disant, qu’il n’y a pas de demande, selon l’organisme officiel, et que la priorité de tous les organismes publics, c’est de lutter contre les discriminations au lieu de faire un état des lieux à tête froide du « nouveau visage de la jeunesse de France ».

« Selon les projections du Pew Forum, la France comptera 7 millions de musulmans en 2030, soit plus de 10 % de la population« .

Michèle Tribalat, Entretien au Figaro, 06/10/2013

L’explosion de la jeunesse extra-européenne

À la fin des années 60, dans les villes de plus de 5.000 habitants, le pourcentage de jeunes (avec au moins un parent) d’origine majoritairement extra-européenne était en moyenne toujours inférieur à 15%. En 2015, ce chiffre est passé à plus de 35 %. Ils sont jusqu’à 80% dans trois communes de Seine-Saint-Denis: La Courneuve, Clichy-sous-Bois et Aubervilliers. Les villes moyennes sont aussi concernées. À Blois, par exemple, le chiffre est passé de 5% à 40%. De là à penser qu’on est passé d’une immigration de travail à une immigration de peuplement, il n’y a qu’un pas.

Du point de vue des flux migratoires, le droit des immigrés qui n’a fait que se renforcer au fil du temps depuis le regroupement familial jusqu’aux dispositifs sociaux spécifiques qui leurs sont réservés, comme l’Aide Médicale d’Etat (AME). Pour conclure, Michèle Tribalat indique que « les liens avec les familles et les diasporas ont tendance à conduire les nouveaux arrivants à proximité de ceux qui sont déjà là. »

« Les populations d’origine française consacrent beaucoup d’énergie à éviter ces quartiers ».

Michèle Tribalat, Le Figaro, 20/04/2021

Le président Emmanuel Macron, en ridiculisant le plan banlieue de Jean-Louis Borloo puis le remisant au placard, n’a pas agi dans le domaine de la politique de la ville. Et, aujourd’hui, le vide laissé par les populations que d’aucuns nomment « les gaulois » est tel dans certaines banlieues, que les classes moyennes émergentes d’origine immigrées placent leurs enfants dans des écoles privées catholiques pour leur garantir un bon niveau d’éducation. Du côté des élites, «La France a répudié la notion d’assimilation» comme Michèle Tribalat le disait en 2013 :

« Pour que l’assimilation fonctionne, il faut que les nouveaux arrivants adoptent les valeurs du pays et s’adaptent, avec le temps, à ses mœurs et à ses usages. Dans ce schéma, tout le monde n’est donc pas sur un pied d’égalité: les immigrés acceptent que les références culturelles soient plutôt du côté du pays d’accueil. Il faut aussi que les classes populaires, qui sont les voisines au quotidien de ces populations, n’aient pas le sentiment que leurs exigences d’assimilation soient désavouées par les élites politiques et culturelles ».

Michèle Tribalat, Entretien au Figaro, 06/10/2013

Pour aller plus loin: Voir le site de Michèle Tribalat

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