Mathieu Bock-Côté sur ce que révèle la polémique du prénom « Pierre »

Qui peut nier que le prénom ne soit pas le marqueur d’une appartenance culturelle? Rappelons, que depuis la loi n°93/22 du 8 janvier 1993 sur la liberté des prénoms, seuls sont interdits les prénoms portant « préjudice » aux enfants. Et cette notion de « préjudice » fait partie des notions, qui supporte le moins la dérision propre à notre époque.


L’intégration ce sont des devoirs avant d’être des droits

Le sociologue Mathieu Bock-Côté, dans le colonnes du Figaro, décrypte ce qui s’est joué entre Emmanuel Macron et une femme montpelliéraine qui lui disait que son fils doutait de l’existence du prénom « Pierre » dans l’espace public.

Que les équilibres démographiques dans les cités se soient à ce point délités jusqu’à ce point ne surprend finalement que ceux qui souhaitent être surpris. Selon Jérôme Fourquet, 18% des nouveaux-nés masculins en France ont des prénoms arabo-musulmans.

Ce simple constat, d’une banalité affligeante, que le prénom était en lui-même une forme de ghetto, faisait figure de « bouffée délirante » xénophobe dans la bouche d’un Zemmour par exemple. Or, elle traduit une réalité qui s’impose aujourd’hui à la faveur du débat sur le communautarisme. Et cela soulève ce paradoxe amusant dans le discours médiatique dominant, qui va de L’Equipe jusqu’au Nouvel Observateur:

« La mutation démographique de notre temps, entraînée par l’immigration massive, est généralement niée s’il faut s’en inquiéter, mais reconnue s’il faut la célébrer ».

Mathieu Bock-Côté, Le Figaro, 23/04/2021

La logique du « tout se vaut » est à l’oeuvre

Car la seule question qui vaille, c’est bien de la possibilité – ou non – de « fondre » les populations issues de l’immigration dans le peuple français. Car comment donner l’envie aux « Pierre » ou aux « Corinne » de s’installer dans des enclaves ou les normes de l’Islam qu’elles soient alimentaires – à travers le halal – ou vestimentaires – à travers le voile – sont si différentes de celles des générations précédentes?

« Des esprits moqueurs ont demandé pourquoi la dame de la vidéo n’avait pas elle-même prénommé son fils Pierre. La question est moins farfelue qu’on a voulu le croire ».

Mathieu Bock-Côté, Le Figaro, op cit.

Le mécanisme de culpabilisation de la société d’accueil commencerait-il à craquer? En parade, la stratégie de la gauche vise à mêler à un débat avant tout identitaire, un débat sur les discriminations, éminemment social, qui, même s’il est légitime, retarde la mise en oeuvre des solutions à la fragmentation du pays en Territoires perdus de la République qui sont également, dans le cas de cette cité de Montpellier, des territoires perdus de l’identité française.

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