Éric Zemmour sur le duel Pulvar/Darmanin: on confond volontairement délit avec «délit d’opinion»

Les policiers avaient exprimé leur ras-le-bol. Audrey Pulvar s’était désolidarisée la Police avec cette phrase: «la manifestation des policiers de la semaine dernière devant l’Assemblée nationale avait quelque chose de glaçant». Ce n’était pas sa pire dans le domaine, comme nous l’expliquions, et tous les socialistes, dont certains avaient manifesté avec les policiers, a fait bloc derrière sa candidate. Mais cela n’a pas empêché Gérald Darmanin avait plainte contre elle pour diffamation au nom du ministère de l’Intérieur. Et de fumer le calumet de la Paix peu de temps après.

Néanmoins, les plaintes croisées, la semaine dernière, entre le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et la candidate aux élections régionales Audrey Pulvar nous renseigne sur le changement de nature dans le débat public. L’écrivain Eric Zemmour exprime l’idée que cela donne un nouvel exemple de la judiciarisation de la vie politique.


La victoire au tribunal rend possible la victoire politique

La joute verbale, qui s’incarnait historiquement par le Parlement jusqu’à il y a quelques dizaines d’années a été remplacée par les courriers dénonçant une diffamation publique. Autrefois, les mots pouvaient tuer. Désormais, ils peuvent vous faire « trébucher » ou « déraper » pour reprendre les doxas de la pensée unique.

« On ne veut plus convaincre mais ostraciser, on ne veut plus dominer mais condamner (…) On attaque en justice pour pouvoir ensuite ostraciser l’adversaire et l’affubler de l’infâme: «condamné par la justice» ou encore mieux: «multirécidiviste».

Eric Zemmour, «Pourquoi le “politiquement correct” criminalise la liberté de penser» Le Figaro, 28/05/2021

Une série de loi de restriction de la liberté d’expression, de la loi Pleven (1972) à la Loi Avia en passant par les lois mémorielles des années 90 et 2000 ont déjà défini les sujets interdits. Aujourd’hui, le juge a été chargé de distinguer la bien-pensance et la mal-pensance.
On distingue ce qui est de l’ordre du nauséabond et ce qui ne l’est pas. Et ainsi, la Justice s’apparente davantage à une chasse aux sorcières plutôt qu’à réguler les excès – qui doivent rester l’exception – afin de mettre de l’huile dans les rouages d’une vie intellectuelle et politique.

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