Philippe d’Iribarne: Le décolonialisme ne peut être considéré comme de la science

Le sociologue Philippe d’Iribarne, directeur de recherche honoraire au CNRS, et auteur majeur en son domaine*, expliquait la semaine dernière dans les colonnes du Figaro (Payant) combien le courant décolonial dans les universités ne repose sur aucun sérieux scientifiquement.
Il y précise que cette catégorie d’auteurs décoloniaux, en France comme aux Etats-Unis, tend à passer toute l’histoire au tamis de la soi-disant domination de la race blanche (dit «privilège blanc») sur les autres groupes raciaux. Cela au mépris de toute méthodologie sérieuse et au terme d’un refus de la confrontation d’idées inhérente à toute recherche intègre en sciences humaines.


Victimisation et illogisme

C’est ainsi que les difficultés qu’éprouvent les immigrés extra-européens à réussir scolairement est expliquée, via des articles et des publications diverses, par le « racisme d’Etat », un concept propre à ce mouvement. Toute différence – de salaire, de niveau d’éducation, de promotion sociale – défavorable à la communauté nouvellement arrivée devient une discrimination. Et, pire encore, de ces discriminations, seuls les « racisés » auraient le droit de parler. Et l’inverse est renvoyé à la soi-disant « appropriation culturelle », qui s’incarne par l’assignation à l’épiderme.

Il en va de même pour le contrôle au faciès, dont la théorie que les contrôles d’identité dans les quartiers sensibles sont injustifiés évacue le fait que la délinquance est surreprésentée au sein des populations d’origine immigrée qui habite précisément ces quartiers.
Et pour montrer la malhonnêteté de ce courant, une majorité de musulmans vivant en Europe déclarent par le biais de sondages tout ce qu’il y a de plus sérieux ne jamais avoir subi de discrimination de tout leur vie, les décoloniaux l’explique par une « auto-censure » propre, selon eux, aux victimes du «privilège blanc». Et cette expression elle-même a des contours flous. On découvre à la lecture de ces auteurs que les Japonais, vus comme des « occidentaux » en tombant dans des catégories fantaisistes, sont qualifiés de « blancs », sans doute car il sont culturellement imperméables à l’immigration.

Dans les universités aux Etats-Unis on trouve tout un courant de pensée baptisé « woke » qui déclare que l’objectivité est une notion blanche.

Philippe d’Iribarne

Ne pas étudier les arguments contraires

Alors que le nombre de sujets d’études pour les historiens est large, le spectre des études décoloniales a toujours une tendance à éluder les faits qui pourraient contredire leur vision manichéenne du Monde. Ainsi, dans l’étude de la servitude des populations à des colonisateurs, la traite arabo-musulmane en Afrique Noire est-elle systématiquement évacuée, et ceux qui ose s’y aventurer, comme les historiens Olivier Pétré-Grenouilleau, et Bernard Lugan sont aussitôt assimilés à l’extrême droite la plus putride. Cette conclusion est simple, toutefois: plus on est militant, moins on est scientifique.

En France, l’histoire de la colonisation a une portée politique incontestable. Elle a trouvé en ces contempteurs contemporains des agents zélés de la honte d’être soi-même qui pourrit l’identité française. Mais Philippe d’Iribarne se veut néanmoins plus optimiste dans cette lutte idéologique que face aux délires communistes de naguère :

« On peut douter que cet affrontement idéologique soit moins pérenne que celui qui s’est noué autour du rêve communiste. Un retour au réel impliquerait que ce qui relève d’une fausse science soit scruté avec la même rigueur que celle qui est déployée quand il s’agit d’impostures scientifiques au service d’intérêts privés. « 

Philippe d’iribarne, «La folie “woke” et décoloniale, fille de l’utopie de l’égalité parfaite propre à l’Occident», Le Figaro, 28/03/2021

*Philippe d’Iribarne, né le 7 mars 1937 à Casablanca (Maroc), est un ingénieur des mines, économiste et anthropologue français, directeur de recherche au CNRS.

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