Le grand déni algérien de la colonisation turco-ottomane

Texte d’Amin Zaoui, écrivain, romancier et penseur, né le 25 novembre 1956 à Bab el Assa en Algérie.

« Nous Algeriens, ecrivains, historiens, chercheurs universitaires et même simples citoyens, nous trainons en nous, en heritage intellectuel, un complexe envers une vérité historique, qui est Ia colonisation turco-ottomane de l’Algerie (1515-1830).

Des qu’il s’agit d’évoquer le rapport colonisé-colonisateur pendant Ia période turco-ottomane dans notre pays, une crispation intellectuelle prend le dessus. II faut le dire clairement à nos élèves, a nos étudiants et à nos lecteurs que ce qui est appelé dans nos manuels scolaires, dans nos thèses universitaires, dans nos débats « présence ottomane en Algérie », était bel et bien « une colonisation ».

Notre pays est passé d’une colonisation turco-ottomane a une autre, française. L’Algérie a vécu deux épreuves historiques consécutives : le mal de Ia colonisation orientale et celui de la colonisation occidentale. Notre peuple a gouté aux deux recettes ! Shawarma et Omelette !

Parce que la colonisation turco-ottomane était menée par l’empire musulman, nos historiens, et a leur tête Abou El-Kacem Saadallah (1930-2013) que je respecte beaucoup, n’ont jamais admis de dire et de dénoncer ce que les Algériens ont enduré pendant trois siècles de la repression turque. Une colonisation pure et dure.

Apres trois siècles de colonisation turco-ottomane, les Algériens se demandent aujourd’hui : y a-t-il quelque chose de qualité ou d’exception que Ia « présence » turco-ottomane nous a légué en matière de culture, de littérature, de langue, et même d’architecture, hors quelques grandes cites ? Citez-moi un seul poète, en arabe, en tamazight ou en turc qui a marqué cette époque? Citez-moi un seul grand savant dans une des trois langues témoin de cette Histoire? Un historien? Un feqih moderne? Un litterateur?

Certes, les Turcs-Ottomans nous ont légué des souvenirs de pauvreté et les stigmates de l’analphabétisme. Ils ont ramassé les impôts (al-kharaj) en argent, en or, mais aussi en chèvres, en mulets, les caisses de blé, d’orge, des figues sèches… et des petites filles enlevées pour garnir les harems du palais du sultan!
Pour les Algériens, les fellahs, les artisans et commerçants de cette époque turco-ottomane, leur vie n’était pas rose. Les historiens ont rapporté quelque chose sur les massacres turcs en Algérie:

« Suite au refus de payer injustement les impôts imposés et l’accessibilité à la forêt de Mizrana pour l’extraction du bois et du liege, le pouvoir turc a organisé, le 29 mai 1825, une expedition punitive contra le village Nit Said… qui a provoqué la mort de plus de 300 citoyens du village. L’expedition a été menée par Yahia Agha, à la tete de plus de 600 janissaires… Certaines têtes des chefs du village ont été prises par les turques pour les exposer à Bab Aoun devant les chefs turcs ».

D’autres témoignent :

« Entre 1805 et 1813, plusieurs insurrections prirent place, dont celles de 1816 et 1823. II en fût ainsi également dans les Auras ou les Chaouis avaient interdit toute présence effective du pouvoir ottoman. En 1520, un certain Sidi Ahmed ou El-Kadhi se démarqua des autres Kabyles en résistant à la colonisation turque. II avait même réussi a s’emparer d’Alger, forçant le chef de bande, Kheir Eddine Barberousse à se replier a Jijel. Le 20 juillet 1535, Kheir Eddine Barberousse lance un raid sur file de Minorque, dans les Baléares ; il enleva des centaines de captifs et les fit vendre au marche des esclaves, à Alger ».

Dans ses romans, l’écrivain turc Orhan Pamuk, lauréat du prix Nobel en 2006, a hautement décrit le danger que représente la culture nostalgique ottomane sur Ia pensée politique dans Ia société moderne turque. Le passé de la piraterie et des razzias, qui a longtemps marqué l’histoire turco-ottomane, est de retour. Aujourd’hui, le populisme conjugué a l’islamisme cuisine dans une sauce de nostalgie ottomane passéiste est la plateforme des islamistes, et a leur tête, les frères musulmans, parti au pouvoir en Turquie qui petit a petit, tire la société vers des pratiques de la période ottomane, l’époque de Harem sultan! Loin de I’occidentalisation et de Ia raison.

2 commentaires

  1. Je suis Kabyle moi-même.Et nous, Kabyles,l’Histoire est en train de nous substituer aux français d’Algérie car nous ne voulons pas , nous , kabyles de la charia, de la langue arabe hégémonique sur notre propre terre, nos femmes ne veulent pas se voiler sinon à la mode berbère ou kabyle.Nous ne voulons pas d’un colonialisme sauvage, brutale et obscurantiste qui s’ajoute au colonialisme français même si ce dernier n’en était pas un car je sais maintenant que les kabyles se mordent les doigts.Oui ils se mordent les doigts d’avoir joué les idiots utiles aux arabo-musulmans,oui ils se mordent les doigts voire la main entière quand ils s’aperçoivent de la duperie dont ils sont victimes, ils se mordent la main quand ils s’aperçoivent que, au delà des morts par la guerre, que c’est une culture centenaire qui a été exterminée , décimée en laissant entrer cette peste brune qui régente désormais leur vie de tous les jours.Nous, kabyles, voulons respirer l’air de la Kabylie sans voir nos forêts brûler, notre patrimoine faunistique et floristique sacrifié ou saccagé par un terrorisme d’État.Je hais le pouvoir algérien et plus encore je hais les maquisards kabyles qui ont fait preuve d’autant sinon plus de sauvagerie pour une prétendue liberté et qui ont cru naïvement délivrer le pays de qui?, de quoi? Pour au final le livrer , le pays et surtout livrer le peuple à la misère et à la souffrance,le livrer aux salauds.
    Adrien de saint-Alban

  2. Expulsion d’un arabe.
    Dans le pays de Victor Hugo, on expulse Monsieur ! je suis frappé par le visage de cette femme voilée qui essaie d’étouffer une émotion ; ses yeux papillotent de chagrin, impuissante ; elle retient ses larmes avec peine, des larmes de tristesse, de honte ou de colère, peu importe ; elle est là dans cet avion ne supportant pas les cris de détresse d’un homme qu’on amène à l’échafaud, celui de l’exil forcé ; elle est éperdue, cherche un secours, une contenance, à droite, à gauche, un refuge où fixer son regard pour ne pas voir ; comme pour apaiser sa conscience pour ne pas entendre ; on sent le malaise de cette femme ne supportant qu’à peine les hurlements désespérés de cet homme qui aurait pu être son fils ou un proche. Puis, comme les cris dans la langue de Victor Hugo ne suffisaient pas, le pauvre bougre, dans un dernier sursaut se mit à crier en arabe. La femme, comprenant alors qu’il s’agit de l’un des siens, la langue rapprochant les âmes et les consciences, la femme algérienne ayant pris le dessus sur la femme touriste, pour se délivrer du cauchemar, se couvre les oreilles.
    Adrien de saint-Alban

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