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Pierre de Coubertin (2/2) D’Athènes à Lausanne

Voici le deuxième épisode de la vie de Pierre de Coubertin, de 1897 à 1937. 
Lire la première partie (1863-1896)

Pierre de Coubertin, désireux de rappeler le caractère intellectuel et philosophique du mouvement olympique convoqua en 1897 un Congrès dont les membres furent reçus par Félix Faure, Président de la République. Au cours de ces très remarquables travaux, le révérend Père Didon (1840-1900), prédicateur de Notre-Dame, et un des spectateurs des Jeux d’Athènes, salua l’action morale des exercices physiques et l’influence de l’effort sur la formation du caractère et le développement de la personnalité.

Le fondateur espérait que les nouveaux Jeux auraient lieu à Paris, en 1900, à l’occasion de l’Exposition Universelle ; mais l’affaire tourna court. Du 14 au 28 Octobre 1900, il y eut un certain nombre d’épreuves sportives, le programme cependant ne mentionne pas qu’il s’agisse des Jeux Olympiques.


Les premières olympiades américaines

1904 st louis jeux olympiques

Ces difficultés et ces échecs n’entament pas la ténacité de Coubertin. Son espoir renaît avec la candidature de Chicago pour les Jeux de 1904. La ville de Saint-Louis est définitivement choisie après l’arbitrage de Théodore Roosevelt (1858-1919), Président des Etats-Unis, et sympathisant de l’Olympisme. Cette année-là de nombreux pays renoncèrent à ce déplacement lointain et coûteux. Ces jeux de 1904 virent la domination des Etats-Unis. Il y eut des beaux succès cubains en escrime et les Allemands se distinguèrent à la gymnastique. Les athlètes disposèrent d’installations sportives parfaites et toutes les performances furent de qualité. Jamais le nombre de spectateurs ne dépassa deux mille personnes.


L’église et le sport: je t’aime, moi non plus?

Coubertin tenta sans succès d’introduire le sport dans plusieurs établissements d’enseignement libre à Paris. Afin de combattre l’hostilité des milieux cléricaux, il se rendit auprès du Pape d’alors, le futur Saint Pie X. Celui-ci le reçut avec bienveillance, sans agir davantage. La position de l’Eglise sera précisée en diverses occasions et Pie XII affirmera que le sport doit être un moyen et non une fin. Nos pontifes modernes ont ouvert davantage leurs yeux sur la noblesse du stade, et c’est tant mieux ! 

En 1908, les Jeux se déroulent à Londres et ils assurent l’essor de l’idée Olympique. Les compétitions y furent âprement disputées et l’on constata un certain éveil du chauvinisme. Pour l’Olympiade de 1912, on alla à Stockholm. A cette occasion, les Jeux furent précédés, dans le stade même, par un hymne chanté et par une prière, oeuvre d’un pasteur qui appartenait au Comité Olympique. Voici cette prière :

« Bénissez l’Assemblée de l’élite de la Jeunesse de toutes les nations afin que les Jeux Olympiques puissent être, dans votre main, un instrument de la paix du monde et de la bienveillance de tous les peuples, de la construction de votre royaume sur la terre comme au ciel ». 

« Cela touchait au sublime, écrit Coubertin, mais j’eus le sentiment que nous outrepassions nos droits ». Un an plus tard, Coubertin créé le drapeau aux 5 anneaux entrelacés, qu’il présenterait l’année suivante en grandes pompes.


Le serment olympique et le siège à Lausanne

En Juin 1914, le fondateur fit célébrer solennellement le vingtième anniversaire de la Fondation des Jeux. La cérémonie se déroula à la Sorbonne en présence de Raymond Poincaré, Président de la République. On présenta le drapeau Olympique sur lequel on admirait les 5 anneaux qui symbolisent les 5 parties du monde réunies par l’Olympisme. Quelques jours plus tard éclatait la guerre. En 1915, Coubertin fixa le siège du comité Olympique dans la ville de Lausanne. En raison des circonstances, le comité annula l’Olympiade prévue pour 1916.

Victor Boin 1920

On attendit l’année 1920 pour reprendre les Jeux, cette fois dans la ville d’Anvers. Pour la première fois, un serment prêté par un athlète du pays organisateur précéda la cérémonie. Le voici :

« Nous jurons que nous nous présentons aux Jeux en concurrents loyaux, respectueux des règlements qui les régissent et désireux d’y participer dans un esprit chevaleresque pour l’honneur de nos pays et la gloire du sport ».

Depuis, le mot « pays » est remplacé par « équipe » et cela évite les abus nationalistes. La huitième Olympiade eut lieu à Paris en 1924. Ces remarquables compétitions établirent aussi des relations très amicales entre tous les concurrents. Certes, le stade de Colombes et les baraquements du village olympique ne correspondaient guère aux conceptions du fondateur, mais, en dépit des apparences, l’âme régnait chez tous les hommes. D’ailleurs, Pierre de Coubertin trouva une compensation dans l’éclosion d’œuvres littéraires provoquées par les Jeux. D’excellents écrivains : Montherlant, Maurice Génevoix, Jean Prévost exaltèrent la noblesse de l’olympisme. Montherlant écrivait :

« On a dit que le sport était aristocratique. Aristocratique, le sport l’est sans doute puisqu’il est la sélection des meilleurs physiquement. Et en même temps démocratique, parce que les conditions sociales y sont tenues pour rien „. il y a un terrain sur lequel on se trouve naturellement avec des êtres de qui tout nous sépare… tout est aplani par ceci une passion commune (…) J’aime dans le sport un bonheur qui n’est pas un relâchement, mais une activité et une tension. J’aime dans le sport ce trop plein de forces qui déborde. A l’intérieur de la force est la liberté. Celui qui connaît sa force connaît le paradis ».


Le baron passe la main…

En 1925, un belge, le comte de Baillet de la Tour remplaça Pierre de Coubertin à la présidence effective des Jeux Olympiques. On décerna à Pierre de Coubertin le titre de Président d’honneur à vie des Jeux. Son oeuvre se stabilisait chaque jour, et en 1927 il s’adressa d’Olympie à la jeunesse des nations:

« L’olympisme peut constituer une école de noblesse et de pureté morales autant que d’endurance et d’énergie physiques, mais ce, sera à la condition que vous éleviez sans cesse votre conception de l’honneur et du désintéressement sportifs à la hauteur de votre élan musculaire. L’avenir dépend de vous ».


Coubertin et le sport féminin

Déjà malade, Coubertin ne peut assister aux Jeux d’Amsterdam en 1928. Dans un message, il t’appelait les principes de l’Olympisme et il confirma son hostilité légendaire à l’organisation d’épreuves féminines

Suzanne Lenglen
Suzanne Lenglen à Wimbledon

N’écrivait-il-pas dès 1892 : « Le véritable héros olympique est à mes yeux l’adulte mâle individuel ». Quel machisme, penserait-on aujourd’hui ! Quand il voit une femme s’élancer sur une piste, il n’aperçoit qu’une « imparfaite doublure ». Selon lui, il n’y a pas de sportives, uniquement des épouses « veillant aux plaisirs sportifs des maris » et qui dirigent « intelligemment l’éducation sportive de leurs fils ». Il se moqua des tenniswomen quand il les voyait disputer un simple dame, en longue jupe blanche et corsage de dentelle. Il ne varia point face à la virtuosité de Suzanne Lenglen, reine de Wimbledon jusqu’en 1928.

Son hostilité favorisera Alice Milliat qui fonda, en 1917, la Fédération Française Sportive Féminine. Malgré lui, il y eut les Jeux Mondiaux féminins à Monte-Carlo, en 1921, et l’année suivante, à Paris, les Jeux Olympiques féminins. Malgré le veto de Coubertin, en 1928, le Comité Olympique admit 5 épreuves d’athlétisme féminin à Amsterdam. Depuis, de nombreuses championnes ont charmé les foules par leurs performances et leur élégance.


Les jeux de Los Angeles (1932) et de Berlin (1936)

Lors de la dixième Olympiade, à Los Angeles, en 1932, trente-sept nations participent. On apprécia beaucoup les performances des nageurs japonais qui révélèrent la qualité du sport asiatique qu’on connaissait mal.

Aux Jeux de Berlin (onzième Olympiade), en 1936, on compta la présence de 49 nations. Coubertin prit pour thème : les assises philosophiques de l’Olympisme moderne.

stade olympique berlin 1936

Les Jeux de Berlin posèrent de graves problèmes au Comité Olympique. Du côté allemand, on voulait imposer un Reichffirer des Sports et spécialement nommé par Hitler à cette occasion. Le Président, le comte Milet de la Tour refusa. Au contraire, il exigea la libre préparation d’une telle manifestation et la participation des juifs.

Il refusa toute intervention personnelle ou démonstration à l’occasion de succès allemands sur le stade. « Vous n’êtes qu’un spectateur », avait dit le Président au Chancelier. Celui-ci s’inclina.

Cette année-là, on proposa la candidature de Pierre de Coubertin au Prix Nobel de la Paix. L’affaire n’eut pas de suite. Sans doute le moment ne convenait pas quand l’Allemagne déjà redoutée saisissait l’occasion des Jeux pour en faire un instrument de propagande et une démonstration de force. L’action de l’Olympisme et du Sport dans les relations internationales ont suscité de nombreuses controverses. Un auteur écrit :

« Une même épreuve peut produire des effets très différents : elle permet aux pratiquants de se connaître et de nouer des liens d’amitié, elle excite l’antagonisme de spectateurs chauvins ».

Coubertin, lui, pensait que l’Olympisme ne réussirait jamais à engendrer la paix universelle. Il raillait ceux qu’il qualifiait de « presbytes de l’idéalisme » puisqu’ils étaient convaincus de la toute puissance pacifiste des Jeux. Comme les grecs d’Olympie, Coubertin limitait son ambition à une trêve au cours de laquelle tous sentiments nationaux exclusifs seraient mis en « congé provisoire ». Dans le Berlin nazi, participants et visiteurs trouvèrent une atmosphère pesante, augmentée par la décoration de la ville exagérément martiale, par les réceptions tapageuses offertes par les dignitaires du régime. La foule autochtone saluait bruyamment les succès de ses nationaux et aurait souhaité à cette occasion une apothéose de la race aryenne. L’Allemagne vit surtout le triomphe d’un noir américain, le fameux Jesse Owens (1913-1980), quadruple champion olympique (aux 100 m, 200 m, saut en longueur et relais 4 x 100 m). 

Ces jeux eurent des moments d’intense émotion. Ne vit-on pas pour la première fois le coureur, ultime porteur de la flamme qui venait tout droit d’Olympie, faire jaillir la lumière du trépied en bronze dans ce stade grandiose, au sein d’un parc olympique qui coûta la bagatelle de 42 millions de reichsmarks (176 millions d’euros rapportés à aujourd’hui). On écouta la Neuvième Symphonie de Beethoven et un hymne olympique par Richard Strauss. Cette association de l’Art et du Sport se prolongea par le film de Leni Riefenstahl: Les Dieux du Stade, un chef-d’oeuvre pour glorifier l’effort sportif. Coubertin avait toujours considéré le sport comme une chevalerie qu’on recrute dans toutes les classes de la société et parmi tous les peuples.


Les valeurs du sport à part de celles de la politique

Après 1936, il s’éleva contre les dangers qui menacent le sport : nationalisme, chauvinisme et racisme. Il se référait d’ailleurs à l’article 7 de la Charte Olympique où l’on proclame que les Jeux sont des compétitions entre individus, non entre nations. Ce grand Français espérait beaucoup de l’athlète quand il écrivait : « On peut ce qu’on veut à condition de le vouloir longtemps ». Pour lui, il faut se connaître, se gouverner et se vaincre ; croire aussi à la beauté éternelle du sport, aspiration fondamentale du véritable athlète et la condition de son succès. Il prêchait que l’ordre et la méthode établis par l’esprit réagissent sur le corps, de même que l’hygiène et la tenue physique réagissent sur l’esprit. Et il dégagea la signification du néo-olympique :

« C’est le fait d’être une aristocratie d’origine totalement égalitaire puisqu’elle n’est déterminée que par la supériorité corporelle de l’individu et ses possibilités musculaires multipliées jusqu’à un certain degré par sa volonté d’entraînement ».

Malgré son âge, Pierre de Coubertin aimait encore faire du bateau sur les lacs suisses. Des photographies nous le montrent à près de soixante-dix ans agitant encore des rames sur les eaux. Il mourut subitement, le 2 Septembre 1937, dans le parc de la Grange à Genève, à la suite d’un infarctus. Si son corps repose au cimetière de la Ville de Lausanne, en 1938, l’urne de marbre contenant son coeur a pris place dans le stade d’Olympie.

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Tombe de Pierre de Coubertin dans le Cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne en Suisse.

La Guerre entre les Nazis et le Monde libre met le rêve olympique sous cloche. Il n’y aura plus de Jeux Olympiques avant 1948. Dans l’antiquité, les Jeux Olympiques mythiques, on les dédiait à Zeus, le Dieu suprême. L’homme depuis sa venue sur notre planète a réfléchi à son destin et il a toujours eu le sens du sacré et celui des rites. Le jeu comprend des épreuves et il suractive l’imagination et l’émotivité chez les êtres. Jouer constitue une action magique pour éveiller la vie. Dans les épreuves il y a un rite d’entrée qui prépare la route pour s’adapter à l’objet réel convoité: la victoire par le meilleur de soi. Un auteur dit :

« Les jeux apparaissent toujours, d’une façon consciente ou inconsciente, comme l’une des formes du dialogue de l’homme avec l’Invisible ».


Les Jeux à l’origine sont liés au sacré comme toutes les activités humaines 

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Monument à Olympie où repose le cœur de Pierre de Coubertin depuis 1937.

Dans le stade olympique, la flamme ou la lumière, incarnation du Très-Haut, se répand sur les sportifs comme un grandiose symbole. L’olympisme constitue une école de noblesse, de pureté morale et d’endurance. Dans le sport bien compris, on nous enseigne la résistance inflexible à tout ce qui ne s’apparente pas au sens d’une noble destinée. Une vie soutenue n’est pas une vie tendue, et le sportif agit en souplesse. Quand nous modelons notre corps par des exercices appropriés, des massages voire un régime, nous devons sans cesse travailler notre être. Ce gouvernement de soi-même constitue le vouloir d’une vie. L’intelligent Coubertin déclarait : »L’important n’est pas de gagner mais de participer ». II aimait ces mots latins : citius, fortius, altius: plus vite, plus fort, plus haut.
Mais il disait aussi : Noscere, ducere, vincere: se connaître, se conduire, se vaincre. L’olympisme représente la sublimation du Sport par une tradition millénaire, par ses épreuves et par ses résultats. Rendons grâce à Pierre de Coubertin d’avoir si bien compris que la plus belle des victoires est celle qu’on remporte sur soi.

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Jean-Paul Delbert
Jean-Paul Delbert
Journaliste. Auteur de nombreux ouvrages. Sociétaire de La SCAM, Société Civile des Auteurs Multimedia, Sociétaire de la SGDL et de la Société des Gens de Lettres.
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