AccueilHistoirePierre de Coubertin (1/2) Du berceau à Athènes

Pierre de Coubertin (1/2) Du berceau à Athènes

Le créateur des Jeux Olympiques s’appelait Pierre Frédy, baron de Coubertin. La famille Frédy se targuait d’origines romaines, et c’est près de Viterbe (à 60 kilomètres au Nord de Rome) qu’un ancêtre, Félix de Frédy, trouva le groupe du Laocoon, joyau de l’art, qu’il offrit au pape Jules II. Un autre ancêtre, le Seigneur de la Motte, chambellan de Louis XI, fut anobli en 1477.
Pierre de Coubertin se flattait d’une parenté avec Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655), à ne pas confondre avec le personnage d’Edmond Rostand. Le grand-père de notre héros, Julien Bonaventure de Frédy (1788-1871) fut sous-préfet. Le père, Charles-Louis de Frédy (1822-1887), peintre de son état, exposa des tableaux à sujets historiques; La Peste à Milan (1851) et le Vendredi Saint à Paris. Napoléon III acheta plusieurs de ses oeuvres couronnées au Salon de 1861. Il fut décoré de la Légion d’Honneur pour ses toiles en 1865.


Une naissance très catholique

Dans le bel hôtel particulier du 20 de la rue Oudinot à Paris, et dans une famille royaliste et catholique, naquit Pierre de Coubertin, le 1er Janvier 1863. De sa mère, pieuse et charitable, il a hérité le sens des humbles. Plus tard, il dira : « Il faut renverser la muraille qui isole la bourgeoisie du prolétariat ».

Placé dans un collège de Jésuites, on lui enseigne l’amour de la religion et de la patrie sans oublier le goût de la mesure. Dans ce milieu artiste, il lit d’abondance, joue du piano et dessine. Dès son enfance, il goûte les charmes de la nature. Quelle joie d’utiliser la puissance de ses petits bras pour activer les glissements de son bateau sur l’étang du château de Mireille, fief normand de sa mère!

Il affirme son être, mais mesure ses limites de sportivité. On le voit dans les salles d’armes et il pratique la boxe. Ses parents l’emmènent dans leurs voyages, et il parcourt ainsi l’Italie, l’Allemagne, le Tyrol et la Suisse. Chaque année, ceux-ci retrouvent la ville de Rome, et le jeune Pierre apprécie la lumière dorée sur le Janicule, cyprès et pins parasols et surtout les monuments du passé.


Fleurs de lys et pacotilles

Il ne regagne jamais Paris sans rapporter croquis et notes. Nous sommes maintenant sous l’ère du maréchal de Mac-Mahon, président de la République, qui souhaite le retour du drapeau blanc et celui de monseigneur le comte de Chambord, un prétendant que tous les royalistes visitent dans son château de Frohsdorf, en Autriche. Ce fut le cas de Pierre de Coubertin, qui, en 1879, trouve à son royal interlocuteur le visage d’un Flaubert triste et résigné.

Après le refus du comte de Chambord pour le drapeau tricolore, Coubertin ne renonce point à son royalisme viscéral, mais il se rallie à la Troisième République. En 1880, il réussit l’examen du baccalauréat. Ce beau jeune homme porte maintenant une forte moustache comme Guy de Maupassant. Il s’habille avec l’élégance d’un dandy, et il n’est pas insensible à la chair dorée des dames, telles qu’elles apparaissent clans les tableaux si flamboyants de M. Renoir. Quel plaisir fou de tenir dans ses bras une de ses créatures quand on s’agite pour une valse d’Olivier Métra! En vrai, il préfère un cotillon endiablé aux salons ennuyeux du faubourg Saint Germain. Il adore galoper à cheval et se veut un adepte fervent de la bicyclette qu’il qualifie de « Nini pattes en l’air »

S’il se désintéresse de la politique active, il cherche d’autres occasions d’agir. Il sait que la royauté ne reviendra plus. Alors il rêve à une action d’une autre qualité et seule capable de rapprocher tous les hommes. Il écrit :

« Sentir que demain sera ce que nous le ferons, savoir que le moindre geste, la moindre parole se résolvent en forces ».

Âme bien née, à vingt ans, Coubertin choisit de devenir celui que le baron Seillière appellera « Un artisan d’énergie française ». Ce jeune homme notera encore : « Ce qu’il y a de plus important pour la vie des peuples, c’est l’éducation ».


La révélation Outre-Manche

1280px Thomas Arnold by Thomas Phillips

En 1882, l’Angleterre lui révèle une méthode qui, comme au temps grec, réalise l’équilibre entre la culture de l’esprit et celle du corps. N’a-t-il pas vu le collège de Rugby et son fondateur le Révérend Thomas Arnold dont il a lu les ouvrages d’éducation. A Rugby, on remplace le jouet chez l’enfant par une activité judicieuse qui développe courage, sans-froid, loyauté et esprit d’équipe dans le sport. La réforme d’Arnold émerveille le Français qui, à son retour, entreprendra la conquête de l’Université.

Comme remède au surmenage scolaire dénoncé par les hygiénistes, il propose sans réduire le temps des études d’accorder une large place au sport et aux jeux. Il crée un comité de propagation des exercices physiques dans l’éducation et aussi la ligne nationale pour l’éducation physique ; et malgré l’apostrophe de son contemporain Barrès (1862-1923) qui affirmait: « Le sport fait des ignares et des cardiaques ».

L’exposition de 1889 donne à Pierre de Coubertin l’occasion d’admirer la maquette conçue par l’architecte Victor Laloux (1850-1937) pour la restauration du site d’Olympie. Cet homme cultivé découvre que les Français de l’époque médiévale se passionnaient pour les jeux populaires de la paume et de la soule. On connaît la paume, mais on ignore que la soule fut l’ancêtre de nos jeux de ballon. Dans sa jeunesse, Coubertin lut les Notes sur l’Angleterre (1872) de M. Hippolyte Taine (1828-1893) de l’Académie française, qui constate :

« L’adolescence chez nous se passe dans une cloche artificielle ; chez les Anglais, à l’air libre, sans séquestre d’aucune sorte, dans la fréquentation des champs, des eaux et des bois. L’adolescent a besoin de mouvement physique. Il est contre-nature de l’obliger à être un pur cerveau, un cul-de-jatte sédentaire. Ici les jeux athlétiques, la parure, le ballon, la course, le capotage et surtout le cricket occupent tous les jours une partie du temps. Les élèves sont gouvernés par les élèves et chacun, après avoir subi l’autorité, l’exerce à son tour. Pendant la dernière année, le collégien est en sorte du côté de la règle, il l’a fait prévaloir, il en sent l’utilité … Quand il sort de l’école … il est plus près de comprendre les conditions d’une société, les droits et les devoirs d’un citoyen … Non seulement il a cultivé son esprit, mais il a fait son apprentissage de la vie ».

Coubertin voit dans l’éducation complète un combat pacifique pour laver la défaite de 1870 par l’armement moral de l’homme. Par de nombreux écrits, le jeune Français mit l’éducation athlétique à la mode, intéressant à ses projets des personnalités comme le ministre Jules Simon. Sans jamais diriger lui-même une école, Coubertin fut un amateur très actif et il espéra refaire par le sport la race française. Si Renan parlait de réforme intellectuelle et morale de notre pays, lui combattit contre la déchéance physique et le laissera-aller qui menacent notre civilisation. Il n’ignorait pas que Guillaume le Conquérant avait trouvé en Angleterre une race étiolée, scrofuleuse, mal nourrie, et que ce vrai normand donna à son peuple le rost-beef et très vite il fit de ces scrofuleux des fantassins de valeur ; et si l’on en croit Michelet les Anglais devinrent les premiers forgerons du monde. L’esprit et le corps sont conquête. Ne peut-on rien pour la France ?


Un lobbying intense

En 1888, Coubertin crée un comité pour la propagation des exercices dans l’éducation. Jules Simon préside ce comité ; le vice-Président est Napoléon Ney, un des principaux dirigeants du Racing Club, fondé en 1882. Sa réforme sociale, il la veut surtout pour les enfants qu’il faut transformer en leur donnant des qualités physiques et une force morale qui les rendront aptes à mieux comprendre. Cette ligue nationale d’éducation physique introduira les exercices corporels dans tous les ordres d’enseignement : écoles primaires, lycées, collèges communaux. Cet organisme agira sur les pouvoirs publics et, avec le temps, sur  l’opinion grâce à de nombreux articles et des livres qu’on écrira. On peut compter sur Pierre de Coubertin, en raison de sa forte érudition et de la concision élégante de sa pensée. Autrefois, on bourrait le crâne des enfants pour les transformer en vivants lexiques. Fidèle à Montaigne, Coubertin pense que « pour raidir l’âme il faut durcir les muscles ».

En 1889 parut le livre de Coubertin consacré à L’éducation anglaise en France, préfacé par Jules Simon. Un an plus tard, il publiait Universités Prinsatlantiques. En 1892, à l’occasion d’une célébration en Sorbonne, les conférenciers traitent des sports dans l’antiquité et au moyen âge. Coubertin, lui, parle des sports dans les temps modernes et il déclare à la stupéfaction générale qu’il réalisera « sur une base conforme aux conditions de la vie moderne cette oeuvre grandiose et bienfaisante : le rétablissement des Jeux Olympiques ». Et il s’emploie activement à obtenir l’adhésion des pays étrangers.

Coubertin projet jeux olympiques modernes 1892
Manuscrit du projet de jeux olympiques modernes de Pierre de Coubertin (discours du 25 novembre 1892).

Il fit un séjour de 4 mois aux Etats-Unis en 1893 pour exposer son projet aux représentants des universités. Puis il se rendit à Londres et parla au Sports’Club. Les évènements se précipitèrent, et le 15 janvier 1894, il adressa une circulaire aux sociétés françaises et étrangères. On y lisait :

« Il importe avant tout de conserver à l’athlétisme le caractère noble et chevaleresque qui l’a distingué dans le passé afin qu’il puisse continuer de jouer efficacement dans l’éducation des peuples modernes le rôle admirable que lui attribuèrent les maîtres grecs. L’imperfection humaine tend toujours à transformer l’athlète d’Olympie en un gladiateur de cirque. Il faut choisir entre deux formules qui ne sont pas compatibles pour se défendre contre l’esprit de lucre et de professionnalisme ».

Pierre de Coubertin

Pour lui, le rétablissement des Jeux Olympiques constituerait le meilleur des internationalismes. Dans un article de « La Revue de Paris », le 15 Juin 1894, il étudie la situation présente du sport dans les divers pays :

« C’est cette jeunesse universelle dont il s’agit de grouper périodiquement les représentants sur le plus pacifique des champs de bataille, le champ de jeu. De quatre ans en quatre ans, le vingtième siècle verrait ainsi ses enfants se réunirent successivement près des grandes capitales du monde «pour lutter de force et d’adresse, et s’y disputer le rameau symbolique ».

International Olympic Committee 1896 Coubertin

Le Congrès, le 23 Juin 1894, proclame le rétablissement des Jeux. Puis Coubertin s’adresse à l’Assemblée Générale de l’Union:

« Avant longtemps j’aurai la joie, Messieurs, de voir flotter sur les ruines d’Olympie notre drapeau unioniste… Ce sera l’éternel honneur de votre union d’avoir provoqué ce grand mouvement international ».

pierre de coubertin et epouse marie rothan

Le 12 mars 1895, Pierre de Coubertin épouse Marie Rothan. On choisit la ville d’Athènes et on avança les jeux à 1896 au lieu de 1900. La générosité de riches grecs permit d’aller de l’avant. Reconstruire le stade en marbre blanc du Pirée, comme au temps de Péricles, constituait la principale dépense.


Une plongée dans l’histoire grecque

Une incursion dans le temps ne me paraît pas inutile. La pratique religieuse des Cultes et des Mystères (Eleusis et Mithraïsme) précédèrent à Olympie les concours d’athlètes. Homère décrit les évènements du passé mythique de son pays quand il évoque les funérailles de Patrocle et la fête phéacienne qui se déroula à cette occasion.

Il énumère dans le détail les épreuves qu’on retrouvera plus tard aux Jeux Olympiques, et le même auteur évoque une distance qui a tout le jet d’un disque ou la portée d’un javelot. Pausanias nous rappelle l’institution des Jeux, « en des temps si éloignés, qu’à peine y avait-il des hommes sur la terre ». Une course aurait eu lieu aux Mystères d’Eleusis, vers 1300 avant notre ère.

Si l’on reconnaît à Pélops (Héros éponyme du Péloponnèse. Ancètre des Atrides) le mérite d’avoir instauré les Jeux Olympiques, il aurait, dit-on, pris une telle initiative pour célébrer la victoire remportée dans une course de chars sur Onéomaos, roi de Pise, et par laquelle il obtenait en même temps le royaume et la main de la princesse Hippodamie; mais il devait ce succès à une manœuvre criminelle: un palefrenier avait saboté le char du roi qui mourut dans l’accident. Scène immortalisée sur le temple de Zeus.


Des récompenses diverses

D’autres historiens voient en Hercule le patron des athlètes et ils lui attribuent la création des Jeux. Il existe d’autres hypothèses sur cette création où il entre une part de légende. Ne doutons pas du caractère religieux d’une telle manifestation qui s’accompagnait d’un sacrifice au dieu Hercule. La Pythie limitait la récompense des vainqueurs à une simple couronne. Cependant dans l’Iliade d’Homère, Achille annonce que le vainqueur d’un tournoi de lutte recevra un splendide trépied ornemental et qui équivaut au prix de douze taureaux. Quant au vaincu, on lui offre une belle captive dont les mains sont « industrieuses ». Homère ne souligne point de quelle industrie il s’agit!

Ailleurs, les prix consistent en boucliers d’airain, vases, fioles d’argent, sacs d’orge ou jarres d’huile. Les citoyens grecs passionnés de liberté manifestent un grand goût pour la lutte. Comme on le sait, ils cultivent l’esprit et le corps. Ils croient à l’idéal d’un beau supérieur ; rien ne leur semble plus éclatant que le gain d’une couronne, celle de l’athlète qui est aussi l’offrande la plus agréable aux dieux pour obtenir la vie éternelle. Sapho nous renseigne « Les dieux se détournent des vaincus qui arrivent les mains vides ».

Oublions maintenant cette période lointaine pour arriver à cette journée fameuse du 25 Mars 1896. Une foule de 15.000 personnes se presse autour du stade pour entendre le roi Georges 1er (1845-1913) proclamer l’ouverture des Jeux. Le succès ne se démentit pas pendant toute la semaine que durèrent les compétitions. Le berger grec Louys gagna la course du marathon et ce fut un moment d’apothéose.

premier 100 metre olympique
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Jean-Paul Delbert
Jean-Paul Delbert
Journaliste. Auteur de nombreux ouvrages. Sociétaire de La SCAM, Société Civile des Auteurs Multimedia, Sociétaire de la SGDL et de la Société des Gens de Lettres.
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