Présentation du livre « Demeure » de François-Xavier Bellamy

Je vous propose une présentation du dernier ouvrage de François-Xavier Bellamy Demeure, qui date d’octobre 2018. Ce jeune versaillais est professeur de philosophie agrégé du second degré en classe préparatoires à l’Ecole Normale Catholique de Paris depuis 2011 et donne également des conférences sur la philosophie au théâtre Saint-Georges. Il a publié un premier essai en 2014, Les Déshérités ou l’urgence de transmettre publié chez Plon et vendu à 60 000 exemplaires. Il participe à l’émission de France Culture L’Esprit Public depuis Septembre 2017. Plus jeune adjoint d’une grande ville de France, il est nommé adjoint à Versailles en charge de l’emploi, la jeunesse et enseignement depuis 2008. Enfin, il est tête de liste des Républicains aux élections européennes de 2019.


L’écriture de cet ouvrage a été entamé à la suite de son premier essai. Ce n’était pas un livre politique ou partisan à la base, mais sa promotion s’est faite dans la rumeur de sa désignation à la tête des LR pour la campagne européenne.
Il ne prétend pas que ce livre soit une grande œuvre de philosophie, mais plutôt une méditation sur l’épuisement du monde occidental, obsédé par ce qu’il appelle le mouvement perpétuel et qui s’est accentué depuis la chute du Mur de Berlin. Dans son introduction, il cite la lettre posthume d’Antoine de Saint-Exupéry au Général X, dont on ne sait à quel destinataire elle était promise. 

L’une des leçons des écrits tardifs d’un Saint-Exupéry revenu des illusions est, comme tous les grands écrivains anti-totalitaires, qu’il ne suffit pas de voir s’effondrer le totalitarisme, pour que l’avenir puisse s’éclairer. Bellamy a tenté de faire un développement de cette lettre si énigmatique ou en tous cas poursuivre le chemin que son intuition avait tracé. Cette méditation sur la vitesse est au cœur de la méditation de Saint-Exupéry.

Concepts généraux
Bellamy dresse une opposition entre le mouvement perpétuel d’un côté et de l’autre l’immobilité. Le monde dans lequel nous vivons appelle beaucoup d’améliorations. La question n’est pas faut-il aller en avant ou revenir en arrière, ou bien rester sur place, la question : dans quelle direction faut-il aller ? Est-ce que nous voulons nous révolter contre cette vie qui ne nous convient jamais ou est-ce que nous voulons nous réconcilier avec le réel. Quel est le but que nous poursuivons ? 

Il a essayé de mettre des mots sur ce que nous sommes nombreux à ressentir, avec la difficulté de le dire. Demeure désigne un idéal. Le thème de Demeure est celui du diktat du changement perpétuel, autrement appelé disruption, rupture, ou mobilité permanente. Or la disruption en tant que telle n’est pas une valeur. Pour que le mouvement existe, il faut qu’il y ait des points fixes. Il ne s’agit pas de condamner le mouvement, il s’agit de lui redonner un sens, et le dirigeant vers un point d’arrivée. 

Échappées
La poésie fait matériau des limites éprouvantes de nos vies pour ouvrir la porte sur un émerveillement, une sorte apprivoisement de soi-même qui ne sera jamais terminé; parce que nous ne serons jamais complètement réconcilié avec ce que nous sommes. S’étonner en grec veut dire la même chose que s’émerveiller. Et l’étonnement philosophique ou spirituel est le meilleur antidote pour cette passion pour la changement et le mouvement perpétuel. 

Le mouvement perpétuel
Chez Homère, Ulysse a construit un point fixe dans son village sur l’île d’Ithaque qui est pour lui le centre du monde. En effet, le bout de son voyage et de ses batailles, c’est son lit construit autour d’un tronc d’olivier centenaire. C’est ce qui l’a guidé tout au long des ses voyages.

Le marché
La fascination pour le mouvement a quelque chose à voir avec la fascination pour le marché. La marché est un lieu nécessaire à la vie des hommes, parce que nous sommes des être sociaux, des êtres d’échange. Aujourd’hui, dans un monde de mouvement et de liquidité, il faut que tout devienne un marché, que le marché s’étende indéfiniment jusqu’à absorber toutes les réalités possibles. C’est ainsi qu’il est question, dans le cadre des lois de bioéthique, que la procréation devienne un marché. Rien ne doit devenir extérieur au marché. Proudhon défend le dimanche chômé, le fait qu’il y ait un jour qui n’est pas fait pour le commerce. Nous travaillons pour quelque chose de plus que le marché, quelque chose qui ne se vend pas, qui ne se marchande pas, La marchandisation du monde a à voir avec la numérisation du monde ou tout doit se traduire en évaluation chiffrée.
Il y a un paradoxe à voir que des progressiste considèrent que la vie d’un être humain puisse devenir l’objet d’un échange marchand.
Nous condamnons tout ce qui ne bouge pas, tout ce qui ne change pas d’avis, tout ce qui ne va pas assez vite comme étant demeuré, mais par là-même nous le privons de son sens.

Qu’est-ce que la demeure ?
Le contraire de cette course effrénée de nos vies, c’est cette demeure, c’est de se diriger de nouveau vers un point fixe.
Notre modernité finit par se détruire elle-même et il est temps d’ouvrir une nouvelle page de notre histoire collective en la mettant au service de quelque chose qui demeure. 
La modernité a quelque chose à voir avec la mobilité. Le point fondamental c’est la révolution copernicienne. Il n’y a plus de point fixe, il n’y a plus de point d’arrivée. 
Hier le bonheur était le bout du voyage, aujourd’hui le bonheur est le mouvement en soi.
Même les communistes rêvaient d’une destination finale; Depuis la chute du mur de Berlin, nous vions une modernité pure, où voulons tous avancer, mais on ignore vers où.
Désormais être « en marche » est devenu un but. Être en marche en tant que tel ne nous dit pas vers quoi nous sommes en marche.
Hobbes : la vie humaine peut être comparée à une course, c’est une course dans laquelle on n’a d’autre but que de devancer continuellement ses concurrents. Abandonner la course, c’est mourir. C’est une rupture psychique et philosophique dans la manière dont nous concevons nos vies.La marche en avant du désir (Hobbes), qui nous a conduit au bord de l’abime.

Politique
En politique, notre incapacité à fixer des buts communs se traduit que l’activité marchande est devenu d’une certaine manière le critère de la réussite politique. Nous attendons d’un responsable politique qu’il réforme tout. Le succès marchand est devenir l’alpha et l’oméga de la réussite politique, ce qui devrait tous nous préoccuper. 
Le plus fou et le plus absurde des hommes, c’est celui qui n’a peur de rien, et c’est aussi d’une certaine manière le plus déprimé des hommes.
Quand on prend une décision, tout peut mal se finir et il faut en tenir compte avant de prendre la décision. La prudence est l’autre nom de ce pessimisme méthodologique. On devrait attendre de nos responsables politiques à la fin de leur mandat non pas d’abord ce qu’ils ont changé, mais qu’ils nous disent d’abord ce qu’ils ont sauvé. Et c’est beaucoup de travail. C’est ça qui donne son sens au travail politique.

Le transhumanisme
La technique ne fait pas disparaitre les limites, elle ne fait que les déplacer.
Qu’est-ce que c’est que le transhumanisme ? Comme il ne nous satisfait pas, il faut changer l’homme lui-même. Augmentation de la durée de vie humaine, augmentation de l’homme en tant que tel. « Moi je ne me regarde pas comme un homme diminué ».
Si nous étions capables de montrer notre attachement à ce qui demeure, nous nous passerions de cette souffrance qui est de rêver pour demain de ce que nous n’avons pas aujourd’hui.
A force de vouloir de tout changer, nous l’avons fait et maintenant nous nous rendons compte que nous aurions peut-être mieux fait, avec un peu de recul, de conserver les grands équilibres d’un monde qui mérite d’être conservé et protégé, et transmis. 
La nature nous a longtemps frustré, je veux des fraises en hiver, grâce à la conjugaison de la technique et de la politique nous permet, nous pouvons à chaque instant obtenir tout ce que nous pouvons désirer. 

Écologie
En termes d’écologie, nous avons peut être causé des catastrophes que notre propre puissance ne parvient pas à régler.  
Ce qui est en jeu,n c’est notre équilibre collectif, mais aussi notre équilibre personnel. 
Demeure, c’est la rupture avec ce mouvement perpétuel. La logique du mouvement perpétuel, c’est une logique qui ne sera jamais comblée.
Avec le bio, nous ne faisons que redécouvrir naïvement le mode d’agriculture qui a précédé celui de l’industrialisation de notre agriculture. 

L’État
Il y a un sujet majeur qui est celui de l’état : le propre de l’État, c’est qu’il demeure. ce qui fonde l’État, c’est cette continuité de l’État, et c’est cette stabilité de l’État. 
Nous avons d’un côté la fascination pour la start-up qui revendique d’être toujours en train de commencer, de l’autre la vision d’un état qui demeure, pour garantir nos libertés.

Conclusion : l’espérance
L’espérance, c’est regarder l’histoire en se disant qu’il est toujours possible de se frayer ensemble un chemin vers le bien. On a besoin d’espérance quand on a aucune raison d’être optimiste.
Les choses les plus essentielles à nos vies sont celles qui ont mis le plus de temps à se constituer dans notre histoire. Il en va des grands équilibres de la nature comme des grands équilibres de la culture ou d’une civilisation qui elle aussi est fragile.

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