Covid-19: Olivier Véran se laisse 48 heures pour revoir sa copie sur la prescription de l’hydroxychloroquine

Dernier rebondissement dans l’affaire de la chloroquine ce samedi 23 mai 2020, Olivier Veran veut revoir sa copie sur la prescription de l’hydroxychloroquine et a saisi le HCSP (Haut conseil de la Santé Publique). Verdict dans 48 heures.
Cette déclaration fait suite à la publication ce vendredi 22 mai d’une étude dans la Revue « The Lancet » qui a analysé rétrospectivement les données d’environ 96.000 patients infectés par le virus SARS-CoV-2 admis dans 671 hôpitaux entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020, sortis ou décédés depuis. Environ 15.000 d’entre eux ont reçu l’une des quatre combinaisons médicamenteuses; ces quatre groupes ont été comparés aux 81.000 malades du groupe témoin n’ayant pas reçu ce traitement. Les résultats concluent à l’inefficacité des traitements proposés et pire, à une augmentation de la mortalité.

Conclusion de l’étude : mortalité et arythmies accrues

Les 4 groupes de patients ont reçu l’un des traitement suivant, le traitement 48 heures après le diagnostic du Covid-19 –
– chloroquine seule – 16,4% de décès
– chloroquine seule associée à l’antibiotique – 22,2% de décès
– hydroxychloroquine seule – 18% de décès
– hydroxychloroquine associée à ce même antibiotique – 23,8% de décès
– groupe témoin avec traitement conventionnel – 9,3% de décès

La mortalité est plus élevée dans les 4 groupes étudiés et pire encore, les arythmies cardiaques graves plus sont plus fréquentes chez les patients recevant chloroquine ou HCQ. L’HCQ est actuellement prescrite lors de maladies auto-immunes telles que le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. En association avec l’antibiotique, le delta est encore accentué (8% des malades contre 0,3% dans le groupe témoin).  

Les co-auteurs de cette étude concluent :

«Il s’agit de la première étude à grande échelle à trouver des preuves statistiquement solides que le traitement à la chloroquine ou l’hydroxychloroquine ne bénéficie pas aux patients atteints de COVID-19. Au lieu de cela, nos résultats suggèrent qu’il peut être associé à un risque accru de problèmes cardiaques graves et à un risque accru de décès. Les essais cliniques randomisés sont essentiels pour confirmer tout préjudice ou bénéfice associé à ces agents. En attendant, nous suggérons que ces médicaments ne devraient pas être utilisés comme traitements pour COVID-19 en dehors des essais cliniques. »
(Dr Mandeep R. Mehra)

«Plusieurs pays ont préconisé l’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine, seules ou en combinaison, comme traitements potentiels pour le COVID-19. La justification de la réutilisation de ces médicaments de cette manière repose sur un petit nombre d’expériences anecdotiques qui suggèrent qu’elles peuvent avoir des effets bénéfiques pour les personnes infectées par le virus du SRAS-CoV-2. Cependant, des études antérieures à petite échelle n’ont pas réussi à identifier des preuves solides d’un avantage et de plus grands essais contrôlés randomisés ne sont pas encore terminés. Cependant, nous savons maintenant grâce à notre étude que la probabilité que ces médicaments améliorent les résultats de COVID-19 est assez faible. »
(Dr Frank Ruschitzka)

Le Pr Christian Funck-Brentano et le Dr Joe-Elie Salem du service de pharmacologie médicale, à la Pitié Salpétrière :

«Cette étude observationnelle bien menée s’ajoute aux rapports préliminaires suggérant que la chloroquine, hydroxychloroquine, seul ou avec de l’azithromycine n’est pas utile et peut être nocif chez les patients COVID-19 hospitalisés. »


Olivier Veran veut rectifier le tir

Il a en effet tweeté ce midi :

Le 25 mars 2020, un décret autorise la prescription de l’hydroxychloroquine associée au lopinavir/ritonavir. Ce traitement, plébiscité par le Professeur Didier Raoult, Directeur de l’Institut Méditerranée à Marseille fait toujours débat. La communauté scientifique déplore un emballement malgré le manque d’étude à grande échelle pour démontrer avec certitude ses effets et surtout ses risques alors que d’autres pensent que vue l’état d’urgence il vaut mieux essayer. A cette date là, Olivier Véran souhaitait collecter les données d’une étude indépendante telle que Discovery. Hélas, nous ne sommes pas prêts d’obtenir le moindre résultat au vue de l’absence de patients. Les CHU d’Angers et de Bordeaux testent l’hydroxychloroquine, tandis qu’une étude menée sur 900 soignants doit évaluer si hydroxychloroquine et azithromycine sont efficaces en prévention. Les résultats sont toujours en attente…

L’agence française du médicament ANSM a particulièrement mis en garde contre les risques cardiaques liés à la combinaison HCQ et azithromycine. L’Agence suédoise du médicament a interdit le 2 avril la prescription de chloroquine et hydroxychloroquine dans le cadre du Covid-19, faute de données suffisantes sur leur innocuité. Parce que les connaissances sont trop limitées, l’Agence européenne du médicament, notamment, estime que ces médicaments ne devraient « être utilisés que pour des essais cliniques ou des programmes d’urgence » dans le cadre de protocoles stricts validés dans chaque pays.


L’étude du « Lancet » est-elle valable?

Cette étude, Milou-Daniel Drici, responsable du Centre régional de pharmacovigilance de Nice, la juge « très bonne » lorsqu’il est interrogé samedi 23 mai par franceinfo, « mais ça ne répond pas de manière extrapolable à l’ensemble de la population ». Et d’ajouter : « Tant qu’une étude prospective randomisée ne sera pas faite, on n’aura pas vraiment la réponse« 

Bien sûr, on peut se demander si les quatre groupes sont vraiment comparables. Les patients ont été suivis dans de nombreux hôpitaux, pouvons nous être sûrs que les traitements ont été appliqués de la même manière? Quel était l’état initial des patients? Etaient-ils tous malades de la même équivalente? N’y a t-il pas des biais dans la méthode? Comparons-nous vraiment des choses comparables?
En effet, cette étude n’entre pas dans la catégorie supérieure des essais cliniques dits randomisés, où les traitements évalués sont administrés à des groupes de patients aux caractéristiques comparables, constitués de façon aléatoire, pour éviter certains biais – le plus haut standard étant les études en double aveugle, où ni l’équipe médicale ni le patient ne savent quel traitement reçoit ce dernier.


Pourquoi tant de passion ou tant de haine pour ce traitement?

Le président américain Donald Trump se vante de prendre quotidiennement le Plaquenil, à titre préventif, 1 comprimé chaque jour. Le 19 mai 2020, Didier Raoult se voit assister à « une hallucination collective et une dramatisation autour de l’hydroxychloroquine » (…) « C’est un médicament banal. Ceux qui ne veulent pas en prendre atteignent un degré de folie extrêmement intéressant ». Le Maire de Nice, Christian Estrosi, lui-même soigné grâce à ce traitement soutient Didier Raoult qu’il estime victime d’un « lynchage médiatique ».

Nous vous donnerons les derniers épisodes de ce feuilleton médical, qui, à l’heure où les « Feux de l’Amour » arrivent à cours d’épisodes inédits, n’a pas fini d’alimenter les commentateurs de tout poil!

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