Trump contre Twitter: du sang et des tweets

Depuis le 26 mai 2020, rien ne va plus entre le réseau de micro-blogging Twitter et Donald Trump. Dans le cadre de ses messages sur la vidéo de l’assassinat de George Floyd, un afro-américain, par un policier blanc à Minneapolis, le 25 mai 2020, l’application a en effet signalé un, plus plusieurs de ses tweets comme « trompeurs » ou « incitant à la violence ». Une première dans l’histoire de Twitter, la société née en 2006, créé et dirigée par Jack Dorsey.


Un twittos hors normes

Il faut savoir que Donald Trump utilise Twitter depuis bien avant son entrée en fonction à la Maison Blanche (en mars 2009 exactement) et possède 80 millions de followers. Et que le compte de Trump a déjà été bloqué – pendant 11 minutes – en 2017 par un employé de Twitter qui quittait ce jour-là son travail et voulait en faire un geste politique (Siècle digital).

Tweet de Donald Trump du 29 mai 2020: «Ces VOYOUS déshonorent la mémoire de George Floyd et je ne laisserai pas faire. Je viens de parler au Gouverneur Tim Walz et lui ai dit que l’Armée était avec lui jusqu’au bout. À la moindre difficulté nous reprendrons le contrôle, mais quand les pillages commencent, les tirs commencent. Merci!»

Dans le cas des tweets du 26 et du 29 mai 2020, où Trump menaçait le maire de la ville de Minneapolis d’envoyer la Garde Nationale (police anti-émeutes avec de gros moyens), et de tirer sur les émeutiers « dès que les pillards recommençaient », le réseau social a barré le tweets de Donald Trump d’un bandeau « vérifiez les faits » ou qu’il « glorifiait la violence », et empêché les retweets et commentaires sous le tweet comme c’est d’ordinaire. Le média à l’oiseau bleu défend ainsi son attitude:

« Nous avons laissé le tweet en ligne parce qu’il est important que le public puisse toujours le consulter, vu son intérêt pour comprendre des questions importantes d’actualité » (Twitter, cité par Le Monde, 29/05/2020)


Pour Alexandre Eyries, enseignant spécialisé en nouvelles technologies à l’université de Bourgogne, donne en partie raison au 45ème Président des Etats-Unis:

« Si ces réseaux sociaux se mettent à devenir les assistants des gendarmes, d’être une sorte de police de la pensée, je ne suis pas sûr que ça marcherait. Il faudrait trouver des grilles de critère qui ne soient pas discriminantes». (20 minutes, 29/05/2020)


Des soutiens de tous bords

Le 28 mai, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, est devenu un soutien inattendu du président républicain, en affirmant au Guardian le 28 mai, que ce n’était pas au réseaux sociaux d’être « les arbitres de la vérité sur tout ce que les gens disent en ligne ».

Ses amis républicains ont allumé des contre-feux, à l’instar de l’ancien rival de Trump et actuel sénateur texan Ted Cruz, qui a appelé le ministère de la Justice à enquêter sur le réseau créé par Jack Dorsey pour non-respect des sanctions contre l’Iran, parce que la plateforme refuse de bannir l’ayatollah Ali Khamenei. (Le Journal de Montréal, 29/05/2020)

Interrogé sur la possibilité de quitter la plateforme Twitter, Donald Trump a répondu : «Si nous avions une presse honnête dans ce pays, je le ferais dans la seconde». (Paris-Match, 29/05/2020)


Offensive juridique

En tous cas, la réponse politique de Donald Trump ne s’est pas faite attendre. Il a immédiatement signé un décret pour que soit annulé un point de droit très central sur Internet, « la section 230 » du « Communications Decency Act », votées aux débuts d’Internet grand public, en 1996, et qui encadre la responsabilité des hébergeurs de contenus comme Twitter ou Facebook, en les laissant juridiquement irresponsable desdits contenus.
Une mesure, sur le fond, susceptible de trouver des soutiens aussi bien chez les républicains que chez certains démocrates. Mais qui prendrait un temps qui excéderait la fin de son premier mandat: il lui faudrait abolir une loi fédérale, promulguer de nouveaux règlements, les voter puis les défendre devant les tribunaux. Ainsi va le système politique aux Etats-Unis. Le président a précisé le sens de son action:

“C’est une grosse affaire dans laquelle nous nous engageons. Les républicains estiment que les plateformes de médias sociaux font taire les voix des conservateurs. Nous allons les réglementer fortement, ou les fermer, avant de permettre que cela ne prenne trop d’ampleur. Les réseaux sociaux ont un bouclier depuis des années. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Bientôt, ils n’auront plus ce bouclier”. (Donald Trump)


Le cas de Trump n’est pas isolé. Le réseau social avait, dans la période du confinement généralisé, le 29 mars 2020, supprimé deux tweets du président brésilien Jair Bolsonaro, le mettant en scène dans des vidéos (Le Monde, 30/03/2020) échangeant avec des concitoyens, en remettant en cause le confinement.

Nulle doute que Trump joue une partie de sa réélection sur la sympathie qu’il engendre ou non en prenant le rôle de victime de la censure des nouveaux médias, conservant son statut de candidat anti-système.

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