Le monde d’après se fera t-il sans Renault?

Le Ministre de l’économie, Bruno Le Maire, ne déclarait-il pas le 22 mai 2020 : « Oui Renault peut disparaître, il faut être lucide« . Cette déclaration ne tranchait pas spécialement avec l’ambiance mortuaire qui règne au sommet de l’Etat où chaque soir, on décompte les morts comme d’autres compte les moutons. Mais, sur le terrain les salariés veulent survivre.

A Maubeuge, depuis 10H00 ce matin, des milliers de manifestants, à l’appel de l’intersyndicale de l’usine (CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, Sud), protestent contre un plan d’économies de plus de deux milliards d’euros sur trois ans, annoncé par Renault. Le constructeur automobile souhaite supprimer 15 000 emplois dans le monde, soit 8% de ses salariés dont 4 600 en France. Depuis hier, l’usine est fermée et ce matin ils ont défilé du site de Maubeuge MCA jusqu’à l’hôtel de ville. Le site de Maubeuge emploie environ 2100 personnes, ils ont appris vendredi par Jean Dominique Senard, à la tête de Renault, qu’un transfert de la production des utilitaires électriques Kangoo de Maubeuge vers Douai est plus qu’envisagée.


Une casse sociale

Les employés, les habitants de la ville et les élus se sont déplacés en masse pour cette cause sociale. En effet, des centaines d’emplois sont menacés. Qui pourra faire 140 km par jour pour aller travailler? Pour Jérôme Delvaux, secrétaire du syndicat CGT-MCA :

« Nous voulons garder notre entreprise ici. Aujourd’hui, cette manifestation est très importante, même si ce n’est qu’une première étape, pour montrer au gouvernement et à Renault que les salariés et les habitants de cet arrondissement sont attachés à cette entreprise et qu’on est soutenus. On a besoin de ces emplois, sinon, c’est un territoire complet qui va mourir ! »

Xavier-Bertrand, Président des Hauts de France, twittait ce matin :

Nous sommes des milliers ce matin avec les salariés de Renault à Maubeuge et les élus locaux pour dire non : pour MCA, ni fermeture, ni coquille vide ! L’Etat, premier actionnaire de Renault, ne peut pas l’accepter après avoir signé le pacte Sambre-Avesnois-Thierache !

Xavier Bertrand traite cette cause de Renault contre Macron directement. La tension entre les deux hommes est de plus en plus palpable. En effet, Le Président des Hauts de France, n’a toujours pas digéré de ne pas avoir été convié à la visite du président dans une usine Valéo à Etaples le 26 mai. Raison invoquée : le coronavirus!
L’ex-LR de répondre par l’intermédiaire du Figaro :  » Il ne faut pas me prendre pour un abruti ». Cette guéguerre avait commencé quelques jours plus tôt le 17 mai lors d’un hommage au Général de Gaulle à Montcornet dans l’Aisne. Contrairement aux consignes tant demandées pour les français, la consigne était donnée à tous d’enlever les masques pendant la cérémonie. Seul Xavier Bertrand avait son masque ce qui chagrina notre Président.


Pourquoi Renault a t-il eu les yeux plus gros que le ventre?

Carlos Ghosn prévoyait de vendre 14 millions de voitures sur six ans, n’était-ce pas trop optimiste? Malgré le succès relatif de la Zoé, ces chiffres n’auront jamais été atteints. Cette croissance tant attendue reposait sur l’unique stratégie de vendre des véhicules thermiques ou électriques, n’était-ce pas illusoire? Cette croissance inédite et tant espérée échoua pour pour deux raisons : la première c’est que les ventes n’ont pas été à la hauteur des espérances et la deuxième c’est un prix de vente trop élevé!
L’ancien patron de Seat, Luca de Meo prendra ses fonctions de Directeur de la marque au losange dès le 1er juillet 2020. La tâche sera très lourde, la faute à la surproduction de voitures aggravée par la crise du coronavirus, mais aussi à des frais généraux démesurés au regard des ventes effectives. Carlos Ghosn voulait être numéro 1 mondial, et cela n’aura été que de courte durée : en 2018 seulement.

De plus, Renault a subi quelques échecs cuisants aussi bien dans le choix de ses voitures moyen de gamme avec le Scenic IV (65 000 ventes au lieu de 350 000 en 2005), Renault n’a pas anticipé : la mode est aux SUV et non aux monospaces. Même dans le haut de gamme, les voitures Espace V et Talisman, qui aux yeux des experts n’avait que le nom de haut de gamme!! De ce fait, seulement 16 000 ventes l’année dernière pour le Talisman quand son concurrent coréen en vendait 33 000. Il en est de même pour l’Espace avec à peine 10 000 ventes!


Le plan d’aide à Renault

Emmanuel Macron avait réclamé mardi 26 mai « des garanties » pour l’avenir des salariés, avertissant qu’un prêt garanti par l’État (actionnaire à hauteur de 15 %) de cinq milliards d’euros ne serait pas signé avant la tenue de discussions programmées mardi 2 juin. De son côté, la CFDT du groupe dénonce un « projet de casse sociale et de désindustrialisation », affirmant qu’elle « se fera entendre par tous les moyens possibles« .
Toujours est-il que le cours de la bourse chutait de 6,2% à 14 heures ce vendredi ce qui constitue un mauvais présage…


L’avenir des différents sites

  • Dieppe : on attend la fin de la production de l’Alpine A 100 actuelle
  • La Fonderie de Bretagne à Caudan (Morbihan) (qui a perdu 145 millions d’euros sur cinq ans), il faut trouver un repreneur selon le stricte respect de la loi Florange. Jean-Yves Le Drian aurait ainsi mis sa démission comme ministre des Affaires étrangères en balance si l’usine fermait.
  • Flins : on attend la fin de la production de la Zoé électrique (qui y est notamment fabriquée, après 2024 ! La Nissan Micra (sur base de Clio) « made in France », les cadences sont deux fois et demie inférieures aux ambitions.
    Valérie Pécresse, s’est battue pour l’usine de Flins en s’exprimant ce jeudi sur Europe 1 : « ce plan devait être conditionné au maintien de l’emploi ». 
  • Fusion des sites de Douai et Maubeuge pour créer un  » centre d’excellence  » des véhicules électriques et utilitaires légers. La production des Kangoo serait ainsi transférée de Maubeuge à Douai.
  • Le Technocentre de Guyancourt : dégraissage envisagé
    A Wuhan, l’usine va bel et bien fermer et ça on ne va pas pleurer!

A noter que le gouvernement s’est déjà dédit sur le dossier Renault lorsque Edouard-Philippe indiquait à la Tribune le 20 mai 2020 que « le gouvernement sera intransigeant sur la préservation des sites en France » . Décidément, comme dans l’histoire des masques, on change d’avis comme de voitures.

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