(Audio) Michel Onfray pulvérise Mai 68 et la « déconstruction » qui a suivie

Le 28 juin 2020, au moment de la parution de sa nouvelle revue Front Populaire, Michel Onfray était l’invité d’Isabelle Morizet sur Europe 1. Il évoque le rôle des intellectuels de gauche dans la déconstruction de l’autorité et de l’Histoire de France. C’est cette partie que nous reproduisons ci-dessous:


« C’est formidable, la spiritualité va s’occuper de politique maintenant »

Les intellectuels se sont trompés parce que ce sont des gens d’idéaux. Ce sont des gens qui pensent que le réel n’est pas très intéressant, que les idées sont supérieures. Il y a un texte de Jean-Jacques Rousseau qui est essentiel dans le Discours sur l’origine et les Fondements de l’inégalité parmi les hommes, il dit: « Commençons par écarter les faits ». C’est extraordinaire. Il donne le « la » des intellectuels qui peuvent très bien ne jamais sortir de chez eux, mais avoir une idée sur tout, refaire le monde à partir des bibliothèques et des concepts.

Michel Foucault, a écrit un éloge de l’Ayatollah Khomeini, il n’a jamais lu le Coran, il n’a jamais lu une biographie de Mahomet, il ignore les hadiths du prophète. (…) Il est dans la théorie, il est dans le ciel des idées. Il nous dit : « c’est formidable, la spiritualité va s’occuper de politique maintenant« . (…) Donc, on a des intellectuels qui vont nous dire que le dictateur c’est ce qu’il y a de mieux pour la France, pour le monde, pour l’humanité. De fait, les gens vraiment lucides, il n’y en a pas eu beaucoup. Pour un Raymond Aron, une Hannah Arendt ou un Albert Camus, on a beaucoup de gens dont vous avez parlé tout à l’heure.


« Toutes les années 70 se sont trouvées occupées par cette incapacité à inventer des nouvelles valeurs ».

Michel Onfray, sur Europe 1

« Notre occident chrétien s’effondre »

Le gauchisme culturel est une expression de Jean-Pierre Le Goff, qui est un sociologue dont j’aime beaucoup les travaux. Et de fait, mai 68 n’a duré qu’e quelques semaines. Mais les soixante-huitards ont générée une idéologie dans la décennie qui a suivie. Toutes les années 70 se sont trouvées occupées par cette incapacité à inventer des nouvelles valeurs.

On a tout détruit en mai 68: l’autorité, la hiérarchie, l’ordre – il fallait supprimer les pères, les chefs, les patrons, les professeurs, tout ce qui pouvait être chef supérieur, mâle, blanc, dominant, etc. et on a inversée la vapeur parce que l’instituteur ne faisait plus la Loi avec ses élèves, mais les élèves avaient des choses à apprendre à l’instituteur. 


« Des sottises totales, quoi »

On estimait que les enfants n’avaient pas d’existence autonome, que c’étaient des petites choses en attendant qu’ils deviennent un peu des adolescents, avant de finir par devenir des adultes, et à ce moment-là, ils méritaient considération. On inverse tout ça. Evidemment, c’était faux de le croire avant 68.

Il y a dans le ventre de la mère une personne, la chose a été dite, le bébé est une personne. Et puis ces intellectuels-là ont dit on ne passe de rien à tout, c’est-à-dire, ce sont des partenaires sexuels par exemple. Et vous prenez tous ces intellectuels-là, les Foucault, les Deleuze, les Sartre, les Beauvoir, ou bien aujourd’hui les Finkielkraut ou les Bruckner, ce sont des gens qui à cette époque-là défendaient la pédophilie. Quand je dis cette époque-là, c’est 1977, puisque et Le Monde et Libération ont publié des pétitions pour inviter à dépénaliser la sexualité d’adultes avec des enfants (NDLR: voir notre article).


« Ils ont été incapables d’inventer de nouvelles valeurs »

On détruit tout ce qui était phallocratie, misogynie, patriarcat blanc comme on dirait aujourd’hui et à la place. Ils n’ont pas été capables d’inventer une seule valeur. Tout était possible, tout était pensable, on pouvait se droguer, on pouvait ne pas travailler, on pouvait avoir des relations sexuelles avec des enfants, on pouvait coucher avec 10 personnes, avorter, il n’y avait pas de sexualité impossible. Alors, je ne dis pas que c’est bien ou ce n’est pas bien. Je dis juste que ça a été un territoire des possibles qui a enivré les gens. Et il y avait une sorte d’ivresse et une gueule de bois le lendemain, quoi.


« Nous sommes dans la période de la gueule de bois »

Il y a un moment donné où le Parti Communiste est très puissant Après-Guerre. IL y a eu le Pacte-Germano-Soviétique et pendant 2 ans, le PC a collaboré avec l’ennemi et l’occupant français. Ça ce sont des choses qu’on ne dit pas beaucoup. Et pour se refaire une santé, le Parti communiste est rentré en Résistance après 1941.
Et donc, à la Libération, le Parti communiste pèse 25% et donc il fait la Loi. Le Général de Gaulle s’occupe d’économie, et aux communistes, il laisse la Culture, les Beaux-Arts, l’Université, l’école, etc. Et à partir de ce moment-là, on se retrouve de fait avec des gens qui vont nous dire : l’idéologie dominante c’est ça.


« On va réécrire l’histoire »

Donc le Parti communiste a été résistant. Il y a le bien d’un côté, le mal de l’autre. La droite, c’était la collaboration, c’était Vichy. La Gauche, c’était la Résistance. Mais quand le Général de Gaulle fait son appel du 18 juin, ce n’est pas compliqué, ce sont des gens de l’Action Française, des aristocrates, des catholiques qui sont les premiers à le rejoindre. Donc, l’Histoire est écrite par les vainqueurs [NDLR: l’expression est de Robert Brasillach en 1944], les soixante-huitards, et il faut écrire enfin l’Histoire, et écrire que ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Et je pense que faute d’avoir écrit correctement l’Histoire, on est en train de vivre des choses extravagantes.

« On n’est jamais allé aussi bas dans le nihilisme ».

Michel Onfray, op. cit

C’est-à-dire aujourd’hui, on nous dit qu’un blanc est coupable parce qu’il est blanc, qu’un noir est victime parce qu’il est noir et on est en train d’instaurer un racialisme, c’est-à-dire un racisme sous prétexte d’être gauchiste, progressiste, et de gauche. Et quiconque dirait « Mais attendez, les blancs ne sont pas supérieurs aux noirs, mais il n’y a pas de raisons que les noirs soient supérieurs aux blancs ».
On dirait: « Oui, mais ça c’est du racisme, vous êtes racistes, etc. » Le nihilisme dans lequel on est fait qu’on est au bout du bout de l’impasse nihiliste et il y a plein de gens qui conçoive que cela devient n’importe quoi. Quand un ministre de l’Intérieur [NDLR: Christophe Castaner] nous dit que l’émotion est supérieure à la Loi, ça alors c’est un truc de soixante-huitard, ça. C’est formidable. C’est un ministre de l’intérieur qui vous dit une chose comme ça. On n’est jamais allé aussi bas dans le nihilisme.

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