Georges Pompidou, une vie au service de la modernisation de la France (1/5)

Chaque semaine, Jean-Paul Delbert, journaliste, vous propose de découvrir une tranche de vie de Georges Pompidou (1911-1974). Cette semaine, retraçons son parcours de l’enfance au mariage avec Claude. Bonne lecture!


L’enfance auvergnate

La famille Pompidou est originaire de la Châtaigneraie dans le Cantal, une région de vallons, de bocages et de beaux fruits, au climat relativement doux. Raymond Cortat écrit, dans L’auvergne chez elle et à travers le monde de l’habitant de cette contrée: habituellement brun, de taille moyenne, robuste et bien musclé, il est serré de méfiance. D’une mémoire prodigieuse, l’homme de la Châtaigneraie sait prêter de toutes les occasions pour s’instruire.

Depuis le XVIIIe siècle, on signale la présence des Pompidou dans la paroisse de Saint-Julien de Toursac. Le père du futur président, Léon Pompidou, voit le jour en 1887 dans une métairie de Naucaze, à quelques kilomètres de Maurs-la-Jolie. En 1908, il se marie à Montboudif, le village des marchands de toiles. Son épouse, née Marie-Louise Chavagnac, appartient à l’enseignement. Léon Pompidou, après avoir été instituteur à Murat, devient professeur dans l’enseignement primaire supérieur, et il rédigera par la suite un dictionnaire d’espagnol qui fait autorité.

Georges Pompidou naîtra à Montboudif, le 6 juillet 1911. La famille plie bagage dès 1912 parce que son père est nommé professeur à l’école primaire supérieure d’Albi. Des siens, Pompidou écrira plus tard:

« Mon père et ma mère appartenaient profondément à la ‘race française‘, dure au travail, économe, croyant au mérite, aux vertus de l’esprit, aux qualités du cœur. Je n’ai pas eu une enfance gâtée. Mais, si loin que je remonte, je n’ai reçu que des leçons de droiture, d’honnêteté et de travail. »


L’élève surdoué

De bonne heure, Georges montre beaucoup d’appétit pour la lecture et très vite on le considérera comme un élève exceptionnel. Il est encore jeune quand son père part pour le front, en cette année 1914 où l’on assassine le tribun Jean Jaurès, la grande admiration de Léon Pompidou.

Si l’enfant poursuit ses études à Albi, chaque année aux vacances il retourne à Montboudif où il se dépense comme les autres gamins à courir le long des prairies, au bord des ruisselets ou des fraîches cascades. Il se plaît à pêcher la grenouille et les écrevisses.

Malgré tous les charmes d’Albi qui a les reflets roses de Florence, il ne reniera jamais ses racines auvergnates. Son pragmatisme reconnu, le bon sens inné, le côté un peu secret de son personnage, il doit cela à ses ancêtres de la Châtaigneraie. Plus tard, lorsqu’il abordera la vie parlementaire, il choisira le Cantal comme circonscription.

L’élève Pompidou est presque toujours premier. Ses études s’accomplissent normalement au lycée d’Albi, puis, en 1929, il se rend au lycée de Toulouse où il entre en hypo-Khâgne. Dès son adolescence, la poésie est pour lui une passion qui ne le quittera jamais: et il sait par coeur dix mille vers !

« Nous baignions dans Racine, Mallarmé, dans Verlaine, et surtout dans Baudelaire« .

En octobre 1930, il quitte Toulouse couvert de prix. Le voici maintenant à Paris où il prépare au lycée Louis-le-Grand le concours d’entrée de l’école normale supérieure. Il y sera reçu à la fin de l’année 1931, et aura pour condisciples René Brouillet et Léopold Senghor. En 1963, il écrira une préface au livre d’Alain Peyrefitte consacré à cet établissement. J’en extrais ces lignes :

« On naît normalien, comme on naissait chevalier. Le concours n’est que l’adoubement. Le normalien croit à tout et il croit passionnément… Plus que tout, il croit à la réalité des idées« .

S’il porte en lui un peu du socialisme de son père, à l’école normale, il se découvre anti-colonialiste et anti-raciste. Comment ne se plairait-il pas rue d’Ulm où l’on dispose d’une grande liberté pour préparer ses examens? En raison de son extrême facilité pour l’étude, le loisir ne lui manque pas pour se livrer à ses nombreuses lectures personnelles. Pour disposer d’une certaine aisance de revenus, quelques « tapirs » et « tapiresses », entendez: des élèves, reçoivent ses leçons particulières. Georges Pompidou est bon camarade, mais certains le trouvent caustique voire ironique.


L’amoureux de l’art et des belles lettres

Il suit au dehors des cours à l’école libre des Sciences Politiques. Dès cette époque, il s’éprend de peinture moderne. Souvent, il fréquente expositions, théâtres et cinémas. Rue d’Ulm, il vit les moments agités du Six Février 1934. De là remonte son dégoût pour le parlementarisme sans consistance de la troisième République. Nanti d’une bourse, il voyage en Autriche avant l’Anchluss, et il voit en Allemagne les cohortes nazies de Munich. Même s’il rêve d’un gouvernement solide pour la France, en raison du danger qui la menace, il refuse farouchement l’idéologie allemande.
En 1934, Pompidou est reçu premier à l’agrégation et il est diplômé de l’Ecole des Sciences Politiques. Il confiera plus tard (Pour rétablir une vérité, Flammarion 1982):

« J’ai gardé des trois années que je passai à Normale un souvenir impérissable. Je ne travaillais pas beaucoup… mais je me gavais de lecture, de peinture, de cinéma et, par-dessus tout, d’interminables discussions d’idées avec mes camarades ».

Il renonce à tout embrigadement de parti et il ajoute :

« J’étais ardemment de gauche, ce qui voulait dire pour moi justice sociale et liberté, mais aussi lutte contre le Fascisme menaçant et l’Hitlérisme qui montait. Hélas, la suite devait me faire déchanter ».

Ses obligations militaires se passent successivement à Saint-Maixent et à Clermont-Ferrand; il en revient avec le grade de sous-lieutenant, et à la rentrée d’Octobre 1935 il est nommé professeur de français-latin-grec au lycée Saint-Charles de Marseille. Cette ville n’a rien d’un lieu d’exil pour un homme jeune aux côtés duquel se trouve la femme élégante et racée qu’il vient d’épouser, Mademoiselle Claude Cahour, dont le père est un excellent médecin de Château-Gontier. Entre les deux jeunes gens, il y a la poésie, la musique, la peinture et naturellement l’amour.
Soulignons le rôle incomparable joué par Madame Pompidou auprès du futur Président de la République et de la ferveur avec laquelle elle entretiendra toujours son souvenir. Pour ma part, c’est l’honneur de ma vie d’avoir connu cette grande dame, et le présent travail lui doit énormément.


Jean-Paul Delbert (Agence Athos)

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