L’Application Stop Covid: le syndrome du Minitel!

Après l’accord de la CNIL hier, l’Assemblée Nationale vient d’adopter l’application Stop Covid avec 338 voix pour, versus 215 voix contre et 21 abstentions. Le Sénat en débattra ce soir à partir de 21h30. Si c’est validé, on devrait pouvoir installer l’application gratuite Stop Covid sur son smartphone dès ce week-end, enfin 70% de la population, c’est à dire grosso modo tout le monde sauf les personnes âgées, cible pourtant privilégiée du SARS-CoV-2 qui est seulement équipé à 40% avec cette technologie.


Le but de l’application

C’est l’Asie du Sud Est et notamment la Corée du Sud qui a été le plus loin dans le domaine du traçage et de géolocalisation de sa population. La France ne va pas si loin avec un projet dont on tant débattu. Stop Covid permet à chaque utilisateur qui apprend sa contamination de prévenir ceux qu’il a croisés à moins de 1 mètre et pendant 15 minutes dans les deux semaines précédentes, pour qu’ils puissent se mettre en quarantaine et se faire tester…
A cet effet, la personne contaminée envoie le code qu’elle a reçue sur son compte-rendu de laboratoire et le rentre dans son application. Les contacts sont alors immédiatement prévenus par une notification :  “Risque d’exposition au coronavirus”. Tout ce process est totalement anonymisé puisque pseudonymisé et les données totalement supprimées à la fin de la période d’urgence sanitaire, par contre la question des données se pose pour Apple et Google (on sait que le captcha de Google sur son « store » est « plus que » susceptible de contenir un mouchard, selon les pétitionnaires de la quadrature du Net) qui pourront allègrement s’en servir… Evidemment, pour que l’application fonctionne, et c’est la condition Sine qua non, il faudra veiller à ce que le Bluetooth soit toujours activé.


Beaucoup de questions en suspend…

Combien de français choisiront de télécharger cette application dont les mérites sont certes justifiés? Si l’application est utilisée par exemple à 30%, quelle en sera l’efficacité? Faut-il encore que le système sanitaire suive : les 700 000 tests hebdomadaires annoncés par le gouvernement sont-ils réellement réalisables? Parce que, lorsque les clusters vont se multiplier dans toute la France, peut-être pas cet été d’après les données actuelles, mais pourquoi pas à l’automne, la France aura-t-elle la capacité d’assurer le dépistage de tous ces français « potentiellement contaminés« ?

Les tableaux suivants représentent le nombre de français qui devront potentiellement être placés en quarantaine en fonction du nombre de contacts qu’ils auront eus pendant les 15 derniers jours et du nombre de tests Covid-19 positifs journaliers en France, et ce en fonction de la proportion des français qui utilisera l’application Stop Covid : 10%, 30%, 50% ou 70%.

Par exemple, si 2 000 personnes ont été testées positives dans la journée en France, qu’elles ont été en moyenne en contact avec 100 personnes dans les 15 derniers jours, que 30% des français utilisent l’application, alors 60 000 personnes seront potentiellement en quarantaine pendant 14 jours.


Nombre de français potentiellement en quarantaine chaque jour

« C’est bientôt la fin de l’épidémie » nous répète depuis des semaines le Professeur Didier Raoult, et l’application Stop Covid va devenir disponible. Décidément, elle arrive vraiment trop tard, à contre temps à cause des tergiversations interminables.
D’ailleurs, dans l’hypothèse très optimiste où 70% des français utiliserait l’application, comment la France réaliserait-elle 980 000 tests hebdomadaires (seulement 2000 cas par jour avec 100 contacts en 15 jours)?

Marie Turcan, la rédactrice en chef de Numérama, hostile à ce projet depuis les débuts, s’est amusée a synthétiser l’ensemble des conditions pour que l’application soit efficace et permette un isolement effectif d’un malade:


Un projet mort-né

Damien Abad, le patron du groupe LR dont les députés ont votés « contre » à l’Assemblée Nationale souligne auprès de ses collègues un projet mi-figue, mi-raisin qui pourrait nous rappeler les promesses faites envers un produit rapidement désuet qu’est le Minitel :

« Comme toujours, vous êtes dans le en « même temps », l’entre-deux et le non-choix ». Soit l’application est volontaire et c’est inefficace, soit elle est obligatoire et c’est liberticide. StopCovid est un projet mort né, qui arrive trop tard, un peu comme la cavalerie qui arrive toujours après la bataille dans les BD de Lucky Luke » (La Dépêche, 27/05/2020).

Les socialistes et les Insoumis sont aussi vent debout contre cette loi. Pour Jean-Luc Mélenchon: « Je fais partie de ceux qui ne veulent pas qu’on sache près de qui j’étais à moins d’un mètre, pendant plus d’un quart d’heure. » De son côté, la députée PS Cécile Untermaier a jugé l’application « tardive, peut-être utile mais certainement pas indispensable » et mis en garde contre une société de la « défiance », où l’autre devient une « menace » (L’Express, 27/05/2020)
Quand au barreau de Paris, qui compte la moitié des avocats en France, il a carrément interdit aux avocats de télécharger l’application (Nexus, 27/05/2020).

Nous observerons attentivement ce que dira le Sénat cette nuit et réfléchirons à deux fois avant de télécharger cette application anxiogène. Espérons que ce gadget sera rangé tranquillement, le moment venu auprès des autres innovations françaises, comme le minitel en 1980, qu’on a prudemment débranché depuis belle lurette!

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