Une nouvelle guerre froide qui pourrait marquer notre sortie de l’histoire

Pierre-Henri d’Argenson, ancien maître de conférences en questions internationales à Sciences Po, questionne le monde d’après en dressant le 28 avril 2020 un bilan sans concession des quarante dernières années à la lumière des enseignements d’une crise sanitaire doubblée d’une crise économique sans précédent. Voici l’essentiel de ces conclusions:

La pandémie agit comme un révélateur de tendances pour regarder la vérité géopolitique et les conséquences que nous devrons rapidement en tirer pour y survivre en hommes libres.


3 leçons: Chacun rentre chez soi, pas de solidarité géopolitique, cesser de transférer son modèle économique à l’Asie

Le touriste, l’étudiant, l’homme d’affaires sont redevenus, chez les autres, ce qu’ils ont toujours été: des étrangers, parfois l’objet de comportements hostiles. Chaque État a mis en œuvre sa stratégie propre, sans se coordonner avec les autres, sans faire appel aux organisations régionales et sans trêve des ambitions géopolitiques. A ce titre, les tensions entre la Chine et l’Occident ont créé une nouvelle guerre froide structurée par l’axe Chine-États-Unis au milieu de laquelle l’Europe joue le rôle de tampon. Et ce tampon sera imbibé par les deux blocs dominants. En 2030, dans le Sud de l’Europe, le travailleur (notamment le Français) sera exploité à bas coût pour un groupe chinois, sera surveillé par des technologies chinoises et des logiciels américains et consommera encore plus de sous-culture américaine.


Se recentrer sur le marché intérieur

Pour sortir de la crise au mieux, l’Europe doter de protections tarifaires et normatives actuellement vidées de leur portée par les accords de libre commerce peu réciprocitaires récemment négociés par la Commission européenne. Cela dit se doubler d’une politique de soutien à l’industrie.


Maîtriser ses frontières, c’est possible

Ce qu’à montré cette crise, c’est que la maîtrise des frontières physiques était parfaitement réalisable. Au risque, autrement de voir la fracturation à l’intérieur de l’Europe à l’instar de l’Autriche-Hongrie, de l’ex-Yougoslavie ou du Liban.


Les Etats-Unis, le destin de l’Empire romain?

Plus que jamais, les États-Unis sont très exposés au géant chinois. Dans leur intérêt, il faudrait qu’ils renconcent avec ses alliés au privilège d’extraterritorialité de son droit qui représente une manne pour les américains (13 milliards d’amendes depuis 2010).


Regarder le monde en face

Cette crise du coronavirus est une occasion pour la France et pour l’Europe, d’abroger pour de bon le récit de la mondialisation heureuse et de le poser un regard lucide sur la brutalité du monde. Et il y a matière à espérer. La volonté politique pouvait, en quelques jours, rendre possible ce que l’on prétendait impossible. Nous avons suffisamment regardé les trains passer.

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