Écriture inclusive, reflet d’un totalitarisme feutré?

Le 26 octobre 2017, dans sa grande sagesse, l’Académie française a adoptée à l’unanimité une déclaration contre l’écriture «inclusive». Si elle a cédée à la féminisation de certains noms de métiers, en revanche, sur ce sujet, la cause du « point médian » est entendue.
Elle constatait que «la multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité» en vertu de quoi «la langue française se trouve désormais en péril mortel».
Pour le linguiste et co-fondateur du Petit Robert, le regretté Alain Rey, la prédiction est moins pessimiste, puisqu’il pense que cette « mode » va passer d’elle-même:

« On ne va pas aller saccager 1.000 ans d’histoire au nom de quelques années de réflexion idéologique par un usage imposé par une toute petite minorité! Ça ne marchera pas. Mais je ne dis pas que je suis contre ».

Alain Rey, Le Figaro, 23, 11/2017

Le 21 novembre 2017, le Premier ministre Edouard Philippe produisait une circulaire pour rappeler l’usage « dans la rédaction des actes administratifs, les règles grammaticales et syntaxiques en vigueur » dans les documents administratifs. Donc de facto, excluant l’écriture inclusive mais sans le formuler en tant que tel. Cela va de pair avec le fait de permettre de ne pas exclure davantage ceux qui sont déjà fâchés avec les règles préexistantes.


La nouvelle chasse aux sorcières

Mais l’actualité le démontre, une minorité agissante très organisée l’impose comme une nouvelle norme « diversitaire », de la même manière que le marxisme est devenu un courant prépondérant dans l’élite intellectuelle de la société française Après-guerre. Ainsi, c’est à Nanterre que l’on a nommé une sorte de « surveillant général » depuis 2019 pour généraliser l’écriture inclusive dans l’établissement au nom de la « liberté académique ».
En début d’année* l’avocat Julien Martinez rapportait que les éditions Lamy ont d’ores et déjà intégrée l’écriture inclusive dans une de leurs publicités.

L’objet de cette soi-disant avancée orthographique (qui de surcroît empêche le passage de l’écrit à l’oral) est de promouvoir le féminin dans la langue française, qui est vue comme reflet de la domination du « patriarcat ». L’auteur du Manuel d’écriture inclusive Raphaël Haddad la définit comme « l’ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes. » (le Monde) Et tout en laissant par prudence la littérature hors du champ de leur action politique, ces activistes puisent dans les textes du moyen-âge l’idée que la langue est en elle-même un outil de domination des hommes sur les femmes. Ainsi Eliane Viennot, « Jusqu’au XVIIe siècle, les noms des métiers et des dignités exercées par des femmes étaient au féminin »

Et comme châtiment suprême, celui qui ne l’utilise pas est traité de « transphobe ». Car même dans les maisons l’esprit est censé être libre, la « cage aux phobes » pour citer Philippe Muray sévit toujours plus férocement. Et pourtant, comme le dit la professeure de littérature française Claude Habib, «Les règles grammaticales ne sont pas des insultes personnelles». Anne Dister, professeure de linguistique française à l’université Saint-Louis-Bruxelles va dans le même sens: «Faire du masculin un genre qui invisibilise les femmes, c’est faire comme si les mots n’étaient jamais utilisés dans un contexte qui nous aide à en comprendre le sens» Et contrairement à une idée reçue exploité par des féministes depuis de nombreuses années, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, mais au contraire devient neutre.


Un outil de destruction massif?

Le pire dans cette affaire est que de nombreux professeurs et syndicalistes ainsi que des organisations de gauche utilisent ce jargon pour leur communication, et pour certains, l’utilise comme levier d’un totalitarisme qui fait taire ses opposants. Quand elle ne permet pas de s’assurer une meilleure note de la part de professeurs idéologisés, cela va parfois même encore plus loin. Ainsi un militant de l’UNI (le syndicat étudiant de la droite témoigne de ce qu’un professeur ne tolère plus l’écriture officielle (celle recommandées par les institutions :

«Ils ne répondent pas aux mails de ceux qui les contactent sans utiliser l’écriture inclusive. Ou alors ils leur objectent: “Merci de m’écrire en langue inclusive, dans le cas contraire, je ne vous répondrai pas”.»

Jacques Smith, le délégué général du l’UNI, cité par Le Figaro, 04/02/2021

Le récit de Yana Grinshpun, une enseignante-chercheuse à l’université Paris-III Sorbonne-Nouvelle, fait tout aussi froid de le dos. Elle a rédigé en 2017 un article pour L’Abécédaire de la haine, qui au bout de deux ans, a été dénigré par ses collègues au nom de cette nouvelle idéologie. «Ils m’ont dit : soit vous le réécrivez en écriture inclusive, soit il ne sera pas publié. J’ai refusé, au nom de ma liberté académique».

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