La république sans masque

Le 26 janvier 2020, Agnès Buzyn, encore ministre des solidarités et de la Santé, nous l’assure lors d’une conférence de presse, « Il ne faut pas acheter des masques en pharmacie, c’est totalement inutile » et d’ajouter « Nous avons des dizaines de millions de masques en stock en cas d’épidémie » A cette date, on dénombre seulement 3 cas de covid-19 en France. A l’écoute de ces propos, nous avons le sentiment que le gouvernement à anticipé et qu’il est parfaitement prêt.

Or, le 4 mars 2020, Emmanuel Macron annonce que l’Etat réquisitionne « tous les stocks et la production de masques de protection » pour les distribuer aux soignants et aux personnes atteintes du coronavirus. Ce même jour, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, avoue : « je ne sais pas utiliser un masque, parce que l’utilisation d’un masque, ce sont des gestes techniques précis, sinon on se gratte le nez sous le masque, on a du virus sur les mains, on en a une utilisation qui n’est pas bonne et cela peut être contreproductif ». De toute façon:

« Le port du masque, en population dans la rue, ça ne sert à rien et ça a même un inconvénient : ça prive parfois de masques ceux qui en ont véritablement besoin » nous assènera Edouard Philippe le 13 mars 2020 au journal de 13h00 de TF1.


Gestion de la pénurie

Quelques jours plus tard, c’est la douche froide : le stock annoncé par Agnès Buzyn aurait fondu comme neige au soleil. Les médecins, infirmiers, ambulanciers, kinésithérapeutes, biologistes et autres personnels soignants n’ont pas de masque pour travailler, ils sont démunis. Les patients envahissent désormais cabinets médicaux, laboratoires, urgences et salles de réanimation. Le système D va se mettre en place faisant tantôt appel aux sociétés privés tantôt appel aux mairies pour recevoir ce bout de tissu que le monde entier s’arrache. Des appels aux dons de masques relayés par certains médecins dont le très médiatique Philippe Juvin, trouveront écho auprès de PME ou de particuliers qui donneront jusqu’à leur dernier masque pour tenter de sauver des vies. On sait que l’Asie, qui a la culture du « masque pour tous » du fait de son expérience de plusieurs virus respiratoires comme le SRAS, a de meilleurs chiffres que l’Europe, fait figure d’avant-garde. Ainsi au Japon, début avril, tous les habitants de l’Archipel recevaient deux masques réutilisables.

La France entière assiste impuissante au désarroi de nos soignants qui risquent leur vie par manque de masque notamment. Il utiliseront soutiens-gorges ou autres sacs poubelles pour tenter de se protéger à minima ; mais les chiffres sont là, combien de médecins ou personnel d’Ephad seront contaminés par manque de protection car la protection, ce n’est pas seulement les masques, c’est aussi les blouses, les surblouses, les lunettes, les charlottes et tout ce précieux harnachement provenant de Chine, de la région de Wuhan en particulier, elle-même confinée avec des usines totalement fermées face à un monde dépendant de sa production à plus de 80%.

Les argumentaires pour expliquer l’avantage de la non-utilisation du masque pour le grand public se multiplient, on se souviendra, le 18 mars 2020, du rappel des recommandations del’Organisation mondiale de la Santé (OMS), « Il ne faut porter un masque que si on présente des symptômes du COVID-19 (en particulier, la toux) ou si on s’occupe de quelqu’un susceptible d’être atteint de la maladie » et de se justifier : « Si vous portez un masque alors que vous n’êtes pas malade ou que vous ne vous occupez pas de quelqu’un qui est malade, c’est du gaspillage ». Le gouvernement suivra cette argumentation : « le port du masque n’est pas complètement protecteur et le toucher régulièrement pour le remettre en place par exemple peut vous exposer au virus. Le contact de votre visage avec vos mains est en effet risqué ».


A dos d’escargots

Petit à petit, les masques tant attendus arrivent à dos d’escargot. Le dos d’escargot est quelquefois plus sûr que l’avion : souvenons-nous des 16 millions de masques bloqués en Chine le 7 avril parce que les autorités chinoises ont dépisté le pilote français Covid-19 positif, c’est pratique et pas cher d’être testé à l’étranger !


Quantité n’est qualité

Et malheureusement, quand les masques arrivent de Chine, ils sont bien souvent défectueux. Quelques pays européens dont la Belgique, les Pays-Bas et la France ont fait le même constat : la qualité n’est plus la même : la taille des masques varie, l’étanchéité n’est pas fiable. Quel recours possible, la France n’a pas passé d’Appel d’Offres.

Attaqué de toutes parts, que ce soit par les soignants ou les maires, Édouard Philippe a tenté de s’abriter derrière un avis scientifique: «On nous a beaucoup critiqués sur ces éléments, mais je me permets de citer le docteur Mike Ryan, qui est directeur exécutif de l’OMS pour les programmes d’urgence. Le 30 mars (…) il dit qu’il n’y a pas de preuve que le port du masque dans la population apporterait un bénéfice


L’Académie de médecine s’en mêle

Le gouvernement écoute dorénavant l’Académie nationale de médecine qui indique : «il est établi que des personnes en période d’incubation ou en état de portage asymptomatique excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection, (…) le port généralisé d’un masque par la population constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur». 

C’est maintenant la nouvelle stratégie adoptée par le gouvernement qui commande des masques à grande échelle pour préparer le déconfinement : 2.25 milliards de masques ont été commandés en France (25 contrats ont été signés) : « ce sont huit millions de masques qui ont été produits la semaine écoulée dans notre pays et on prévoit une production d’environ 17 millions de masques par semaine en France » propos tenus par Olivier Véran le 19 avril 2020.


Communication officielle du gouvernement français: des face à face de plus de 15 minutes, à moins d‘un mètre!

En mai, ne fais pas ce qu’il te plait

Après avoir dit le contraire pendant des mois, et à la vue des dernières connaissances sur la projection de virus dans l’air, à partir du 11 mai, le gouvernement incite désormais à porter le masque voire à l’obliger dans les transports…

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