Déconfinement en banlieues : deux poids, deux mesures?

Alors que le gouvernement prépare un déconfinement sous caution pour le pays, dans les banlieues françaises, pour certains, le déconfinement est déjà de l’histoire ancienne. Dans la majorité des médias, depuis le 17 mars 2020, les articles «rose bonbon» se multiplient aux couleurs de l’égalité de tous les français face au confinement.

Mais, très vite, une série de déclarations gouvernementales traduit une réalité toute autre, attestée par de nombreuses vidéos, parfois remises en question. Des élus et un intellectuel de gauche sont montés au créneau pour mettre en évidence ce travestissement de la vérité au nom de principes égalitaristes qui fleurent bon la démagogie.

Pas de vagues

Le 19 mars 2020 sur RMC, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, se lançait avec son aplomb caractéristique dans une démonstration pour le moins alambiquée :

« Évidemment, c’est vrai que dans certains quartiers, il n’y a pas de respects des règles. Mais attention, je ne veux pas qu’on commence à dire que c’est parce que ce sont des banlieues, avec des populations de telle ou telle origine que les gens ne respectent pas les règles ».

Dans la droite lignée, le Canard enchaîné du 25 mars 2020 rapportait des propos non démentis de Laurent Nunez:

« Ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans certains quartiers les fermetures de commerces et de faire cesser les rassemblements ».

Ceci est confirmé par un responsable syndical policier de l’Unité SGP Police, deux jours plus tard :

Il y a toujours « des regroupements en bas des immeubles. On va au contact, mais il ne faut pas non plus qu’il y ait des émeutes. Personne ne veut que les banlieues s’enflamment. Je pense qu’il faut y aller mollo sur ces quartiers« . (France bleu)

Ce respect de l’ordre à la carte ne pouvait pas rester sans réponse de la part des partisans d’une universalité du déconfinement qu’ils soient de gauche comme de droite.

Ainsi, pour Julien Aubert et ses co-auteurs d’une tribune le 27 mars 2020 dans le Figarovox destiné à Laurent Nunez, la même fermeté doit être appliquée sur l’ensemble du territoire national. Il l’affirme : «Renoncer à faire respecter le confinement dans les quartiers, c’est abandonner les populations sur place!»


« Un maladie de blancs »

Dans une tribune à Médiapart, Michel Onfray rejoint cette indignation et s’inquiète des relents de politiquement correct et de communautarisation qui caractérise cette séquence gouvernementale.

«Il est plus facile de faire verbaliser mon vieil ami qui fait sa balade autour de son pâté de maison avec son épouse d’une amende de deux fois 135 euros que d’appréhender ceux qui, dans certaines banlieues, font des barbecues dans la rue, brisent les pare-brises pour voler les caducées dans les voitures de soignants, organisent ensuite le trafic de matériel médical volé, se font photographier vêtus de combinaison de protection en faisant les doigts d’honneur qui plaisent tant au Président, continuent le business de la drogue, crachent sur la police en disant que le coronavirus est une maladie de blancs et qu’Allah les en protège»

Au-delà de l’aspect communautaire de cette critique pointe la raison sanitaire :

« Il suffit qu’une centaine de tribus de ces zones perdues refuse le confinement pour que la totalité du confinement ne serve plus à rien pour le reste des Français »

Cette prophétie résonne terriblement en cette veille du 11 mai 2020, alors qu’en plus de deux attentats islamistes, on l’on a assisté depuis Villeneuve la Garenne à des émeutes qui ne disaient pas leur nom et qu’on apprend incidemment qu’un chef de la police du Calvados est repris par Castaner et le patron de la police natione alors qu’il demande une grande mansuétude pendant le ramadan. Autant d’éléments qui illustrent, s’il le fallait encore, une fracture française qui ne se résume pas à la taille des appartements.

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