Prolongation de Loi d’urgence sanitaire: une façon de bâillonner toute opposition?

Les français le savent à force de communication gouvernementale et l’ont globalement respectée, la Loi sur l’état d’urgence sanitaire est censée vouloir notre bien. Elle a été prise dans la foulée de la proclamation de la pandémie de Coronavirus (dont, l’Obs rappelle que pour Agnès Buzyn, la date varie en fonction de son agenda politique). Son champ d’action est vaste, aussi bien sur le plan économique que logistique, mais c’est surtout celle qui restreint nos libertés (de se rassembler, d’aller et venir) et pose les conditions de la fameuse quarantaine aussi appelé « mise à l’isolement », ainsi que le principe de la réquisition, notamment de masques.

Cette Loi devait courir deux mois, à compter du 24 mars 2020 mais a déjà été renouvelé une fois, après l’accord du Parlement (votée le 9 mai à l’Assemblée Nationale), jusqu’au 10 juillet 2020 inclus. Avec les censures du Conseil Constitutionnel qui ont retardé son exécution (notamment les fameux 100 kilomètres autour du domicile et l’attestation ubuesque de l’employeur pour prendre les transports en commun), cette loi mal ficelée, qui a été prise dans un « état de guerre » et qui a pas mal ému les juges et les avocats qu’elle cherchait à contourner, risque de déferler sur les français comme une seconde vague pour être reconduite jusqu’en octobre 2020.


Injonctions contradictoires

Voilà donc qu’alors que le Président de la République évoque, lyrique, le retour des « jours heureux » et que le Premier Ministre parle de « retour à la normale » dans les écoles et les entreprises, la majorité LREM, sans doute échaudés par les manifestations des Gilets Jaunes qu’ils avaient transformé en grand débat, ou plus exactement en grands monologues du président – puis des anti-réforme des retraites, semble avoir goûté au plaisir d’interdire les rassemblements de plus de 10 personnes. Exception faite à la rigueur, de celles pour régulariser les sans papiers comme le réclame certains députés du groupe majoritaire, ou pour celle pour réclamer un procès aux Assises pour la mort de Adama Traoré que le toujours très inspiré ministre de l’agriculture Didier Guillaume a trouvée « incroyable » (valeurs actuelles, 4 juin 2020).

Interrogé sur la Chaîne Parlementaire dans l’émission On va plus loin, le 5 juin 2020, le professeur de droit constitutionnel à la Sorbonne, Dominique Rousseau a déclaré qu’en l’absence de tout risque sanitaire imminent, il ne voyait pas ce que cherchait la majorité à travers cette loi autrement que d’empêcher l’opposition dans la rue de s’exprimer.

Et nous y sommes. Car devant tant de mensonges de l’exécutif, il faudra plus que des vacances pour que les français perdent la mémoire de la mascarade du début de l’année. Pour citer l’indispensable philosophe Hanna Arendt :

« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple vous pouvez faire ce qu’il vous plaît.« 

En tous cas, comme dans pareil cas, il faut se tenir en alerte. Le prochain débat à l’Assemblée Nationale aura lieu le 17 juin 2020 (France Info, 02/06/2020).

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